samedi 1 décembre 2007

Point de vue numéro deux : l'embaumeur (2/3)

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L'embaumeur regarde l'homme mort, allongé sur le lit. Ses yeux sont effondrés à l'intérieur du visage, enfouissant les souvenirs et les visages de ses propres aïeux. Ses traits sont aiguisés, durs, abrupts tels une falaise humaine. La chair déjà aspirée par les profondeurs, est tendue, comme tirée par un chirurgien souterrain, ce qui donne au défunt un masque plus juvénile aux contours violacés. La douleur a desserré son emprise, et la personne gisante semble épuisée mais confortable, en harmonie avec le profond silence.

Il déshabille son sujet, le lave, nettoie l'intimité désarmée du corps avec du coton, pré-ligature la bouche. Il pose le pied sur la cheville de l'autre jambe, retourne le corps. Il parcourt les cuisses blafardes, les poils, le sexe, il s'en occupe avec une précautionneuse humanité. Les chaussures neuves de l'embaumeur grincent, c'est incommode, il aurait dû les user pendant le week-end. Il pense, sifflote presque, murmure une chanson au fond de sa gorge, au rythme de la pompe.

La canule a été injectée, et le liquide rose semble regonfler cet homme comme un ballon de couleur ; les yeux remontent, les lividités s'estompent. Le bruit de pompe se poursuit doucement, comme un battement de coeur.

La maladie était importante. Insatiable, elle a goûté de tout, comme un garnement croquant au hasard tous les fruits du panier, sans les terminer, et les laissant pourrir dans le réceptacle. Le fils aîné arrivera dans quelques jours, il est loin, il prendra l'avion, il faut donc attendre, et faire en sorte que l'attente soit acceptable. Dans un pareil cas, il sait ce qui lui reste à faire. Il doit débarrasser la dépouille de ses entrailles, vider le corps comme on le fait depuis les pharaons, par une ponction abdominale.

Afin de recueillir les viscères, ce mécanisme alambiqué tapi au centre de chacun, il se saisit de deux grandes valises étanches, qu'il dispose au bord du lit.