lundi 5 novembre 2007

Ce soir, on allume les bougies

Je ne comptais vraiment pas faire de billet aujourd'hui, me drapant dans le silence majestueux du flemmard triomphant.

Mais bon, que vois-je à midi, dans mon journal gratuit daubique favori ? Ce soir, sur Arte, c'est Barry Lyndon. C'est quand même un petit peu mon film favori, alors il faut que je me secoue les puces, un gateau Monoprix dans la bouche, pour y aller de mon exhortation : regardez ce film, pour l'amour du Nutella.

Ne le ratez pas, dis-je : il a quand même été élu par les plus grands spécialistes des films de Barry Lyndon (moi) comme le plus grand film de tous les temps immémoriaux de l'univers.

Dans l'article de 3 lignes du journal gratuit, on lit bien sûr l'inévitable anecdote sur l'éclairage aux bougies : Stanley Kubrick aurait utilisé des super caméras de la NASA pour saisir des scènes sans aucun éclairage autre que d'innombrables chandelles, comme dans le vrai XVIIIème siècle. C'est vrai que visuellement c'est du caviar de baleine, visages pales et poudrés, mouches sur la joue, clair-obscur surtout obscur. Je l'ai vu au cinéma, moi, je n'en ai pas mangé pendant deux mois. Après ça, les autres films d'époque font vraiment sketch des inconnus ("Les liaisons vachement dangereuses").

Une autre anecdote qui me plaît bien concerne l'acteur principal, Ryan O'Neal. Kubrick voulait un acteur populaire pour camper Barry, un type un peu gentillet, un peu lisse, qui ferait contraste avec ce personnage de salopard arriviste calculateur joueur escroc. Le protagoniste de "Love Story" semblait tout désigné pour être le figurant principal du cirque Kubrickien, mais à la toute fin, il n'a pas du tout apprécié le résultat, et a fait un esclandre dans la presse. On le comprends : sur le papier, on pouvait s'attendre à un film d'aventure trépidant, cape-et-des-pets, à travers toute l'Europe sous plusieurs uniformes à la Indiana Jones libertin.

free music
Au lieu de ça, rythme solennel, précieux, lent, hiératique ; cadrage grand-angle imposant et glacial ; une oeuvre que l'on pourrait certes prendre pour un froid exercice de style. Mais non. Et puis vous n'êtes pas comme ça. On est chez Kubrick, et autour des artifices, des riches architectures, il y a le vide sidéral. Il y a la grandeur et la décadence de toute humaine entreprise, la soif de puissance, la profusion et le néant, la fugacité du temps, bref la vanité de toute chose, et ça, c'est de la balle.

7 commentaires:

  1. OUPS!!! Des fois, faudrait que je regarde la TV...

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  2. Ouais mais c'est ma faute, j'ai publié ce billet vraiment trop tard...

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  3. Les grands esprits se rencontrent... je n'ai vu ce film que deux fois (pas hier soir, car je devais travailler :-) ) et j'en suis encore bouleversé. Les images dignes des tableaux des plus grands maîtres, la musique lancinante de Haendel, la violence des répliques derrière la fausse courtoisie des mondains... la scène de bagarre à l'armée, dont le vaincu sortira éternellement humilié (vous savez, le gros barbu roux), le vice de la cousine irlandaise, la félonie du chapelain et la monstruosité du fils adoptif... sans oublier la scène de la calèche ou Redmond, devenu Barry Lyndon, crache la fumée de sa pipe au visage de la comtesse... seule la petite Prussienne Lischen et le capitaine irlandais tué par les lignards français font figure de "gentils" dans cet univers hostile. Et surtout, la vanité du luxe, de l'argent, du pouvoir, des femmes... on ne peut sortir complètement indemne de ce chef d'oeuvre. Même la voix off, qui commente en termes désastreux la non moins désastreuse Guerre de Sept Ans, est captivante.

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  4. Ah !! Voilà qui m'enchante ! :) Oui, tu presque tout dit, Roman... Je ne l'ai pas revu hier soir, mais j'ai écouté la bande-originale une fois de plus. J'ai vu ce film des tas de fois, dans des conditions extremes (il ne me manque plus que le téléphone portable et la caméra de surveillance...), j'ai taché de garder intact le souvenir de son passage sur grand écran (le Max Linder à Paris ?).

    Manque plus que de voir 2001 l'Odyssée de l'Espace dans une salle de cinéma, et j'aurai atteint la sagesse du vieil indien ! :)

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  5. Pour nuancer toutefois, je crois que 2001, Barry Lyndon, Orange mécanique, etc. n'auraient rien été à côté du film que Kubrick voulait faire sur Napoléon au moment où il est mort... pour un admirateur de l'Empereur comme moi... quel dommage !

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  6. oui Barry Lyndon est un des plus grand film que j'ai vu au cinéma (pas à sa sortie mais 10 ans après dans une salle dans le 15ème qui repasse plein de vieux films )
    j'ai craqué pour le DVD pour le faire découvrir à mes enfants
    ils faut qu'ils connaissent ce cinéma là !
    un film qui laisse sans voix , au bord du néant

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  7. Voir que le monde est peuplé d'amateur de Barry Lyndon, ça me met VRAIMENT de bonne humeur ! :)

    @Criticus : oui, il parait qu'il avait chez lui une pièce de bouquins entièrement consacrée à Bonaparte... Je révasse parfois au chef-d'oeuvre que ça aurait pu être... ça laisse songeur.

    @frisaplat : complètement d'accord. Il y a parfois des oeuvres qui vous donne comme un coup d'arrêt. Après certains films, on a vraiment l'impression, comme le disait Truffaut, que le cinéma est plus beau que la vie... et ça laisse presque abattu...

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