vendredi 30 novembre 2007

Point de vue numéro un : le voleur (1/3)

Un homme dans un costume raide et noir, très élégant, sort d'un bel immeuble. A sa main, il porte deux grandes valises. Ce sont deux lourds bagages, identiques, massifs, sombres, au plastique brillant comme deux blocs de quartz. Il longe la rue d'un pas pressé, les jambes martelées par son symétrique chargement. Le voleur devine l'inconnu, de loin, il voit son teint blanc, et se représente la fortune qui l'étouffe sans doute, les billets de banque, innombrables, rembourrant les coussins et les édredons, les grosses coupures sales d'avoir navigué dans une multitude de mains.

Sans doute un voyage vers la Suisse au bout de ces pas si pressés ? Un discret bureau de banquier, des coffres forts ? Comptes Offshore ? L'homme en noir, au costume raide, avec ses mallettes et ses souliers trop neufs qui font un bruit de porte, se dépêche.

Le voleur s'approche. Le convoyeur devant lui est vêtu comme un lord étriqué ; ces hommes d'affaires ressemblent à des croque-morts, pense-t-il. Un fossoyeur de mauvais goût, trop élégant, trop grand, trop propre. Argenterie ? Vêtements de marque ? Obligations ? Réveils Matins ? Liasses finement attachées ?

Comme il se rapproche, il distingue parfaitement le couinement des chaussures neuves. Caricature élégante, le passant affairé est plus semblable au majordome, au fond. Celui-ci se retourne, apostrophé. Il tente de raisonner le voleur, mais sa plainte est risible. Vous comprenez, ça ne se fait pas. Ce n'est pas respectable. Vous allez le regretter ! Quelle comédie !

Le voleur s'enfuie à présent. Il détale, mais pas tant que ça. Ces valises sont bien lourdes tout de même.

[lire la suite]

Le clou, le marteau


...et maintenant quelque chose de complètement différent.

Pour faire une transition, après ces billets sur mon kéké plus longs qu'un feuilleton de l'été de TF1 (Le Zolmen : une saga trépidante où un industriel corse du biscuit breton se fait assassiner par un druide communiste, tandis que sa fille aînée, mannequin chez Wonderbra et ex-agent de la police scientifique de New York, mène l'enquête dans un bikini paranormal.), voici donc un bon vieux billet du vendredi soir où il fait déjà nuit, mais j'avais qu'à naître en Australie si je suis pas content.

Il y a deux types de gens : les premiers trouvent des clous, et se demandent comment faire pour les planter dans le mur. Alors ils se disent : "Tiens ! On va inventer le marteau, ça sera pratique !"

La seconde catégorie comprend les gens qui inventent le marteau et se disent : "Ben c'est bien joli, on est bien ingénieux, mais qu'est-ce qu'on va pouvoir en faire ?" Ils répondent alors : "Oh ! on n'a qu'à inventer le clou, comme ça on pourra utiliser le marteau !"

Je peux poursuivre la métaphore ainsi : Il y a les gens qui se disent : "Tiens, je vis ici. Et mon travail est à trois kilomètres ! C'est loin ! Que vais-je faire ? J'invente la voiture ! " D'autres, qui affirment : "Je suis tranquille, je vis où je travaille, je mange les fruits de l'innocence, mais je viens d'inventer la voiture. Que faire ? Et bien je déplace mon lieu de travail à trois kilomètres, comme ça, j'invente le périphérique, ça serait dommage sinon d'avoir inventé la voiture pour rien."

Moi, il me semble entrer dans la seconde catégorie. Celle des singes qui découvrent un os, et qui se demandent bien ce qu'ils vont faire avec. Je viens de découvrir ce bel os qui est tumblr, par exemple, je m'amuse avec des gros boutons, et je me demande ce que je vais en faire. Je cherche. Je trouverai bien. Je suis le savant fou et James Bond ne m'aime pas.

Voilà. Maintenant, je vais conclure. Attention, c'est ma première conclusion web 2.0, comme dirait ploum, ça se termine toujours par une question, du style la grande communauté des commentateurs, du genre ma conclusion est une ouverture à la réflexion, comme au bac, où bien : "les médias démarrent des conversations, les blogs aussi mais parfois des start-up".

Il y a longtemps, quand j'étais petit et que mon rêve était d'avoir un grand blog, je me disais : "lorsque je serais grand, que j'aurai des commentateurs, je pourrais ouvrir des débats, et il y aura des gens qui discuterons, des filles nues qui m'enverront des photos d'elles habillées, etc." Alors maintenant que j'ai des commentateurs, je vais me permettre ce luxe, et terminer mon billet par une question, un problème de fond, un vrai débadidé.

Mais qu'est-ce que je pourrais trouver comme question, au juste ?


(test)

mercredi 28 novembre 2007

Poli 2.0 : Kéké (3)

Ca commence beaucoup ici, et un peu par là.

La maternité était à un quart d'heure à pied, nous avons pris la valise noire et entamé notre périple. Le matin se dressait lentement, métallique, comme une lame à cran d'arrêt découpant la brume. C'était un quart d'heure à pied, mais pas pour quelqu'un qui accouche, en fait. Quelle idée avions-nous, impossible de marcher plus de deux pas sans s'asseoir par terre. J'ai dit très diplomatiquement : s'il te plaît, tu ne vas tout de même pas accoucher sur le trottoir ? La neige s'est mise à tomber. Il ne manquait plus que les loups.

Parfois nous croisions des passants, qui accéléraient leur marche avec horreur comme s'ils avaient croisés les monstres des égouts. E. me disait de temps en temps : " tu es vraiment un connard ". Arrivés à la maternité, j'ai dit un truc débile du style " C'est pour un accouchement, s'il vous plait ", tandis que mon épouse se traînait par terre, implorant qu'on l'achève d'une balle dans la tête comme un cheval.

C'est que nous voulions un accouchement sans douleur. Naturel. Sans artifice. Sans péridurale, juste le souffle de la respiration et des chansons. Avec un âne et des vaches ; j'aurais joué de la guitare, et ma femme fait du macramé, tout ça. Elle avait tout prévu, elle allait accoucher assise ou accroupie, avec du Chopin en fond sonore, des danseurs contemporains, des happenings avec des gens nus, etc. Mais bon, nous avons eu en fait l'accouchement le plus médicalisé de l'année, il ne manquait plus que des androïdes, Dark Vador et un bistouri laser pour faire plus moderne. E. me répétait : " pardon, mais tu es vraiment un connard, pardon, etc. S'il vous plaît, piquez-moi ! "

C'était long, c'était trop, je n'avais pas les moyens pour de telles émotions. J'ai vu la tête apparaître, éponge rouge de cheveux, et j'ai pensé : "tiens ça serait bien si je pleurais maintenant, je crois que çà me défoulerait un petit peu.", mais en vain, j'étais comme un rustre devant l'horloge du monde, abruti, effacé, envahi. J'ai eu un court-circuit, je me suis senti décalé, c'était comme si je vivais un documentaire en trois dimension, au Futuroscope. Je voulais vraiment pleurer, cela semblait une bonne initiative, un bonne idée d'improvisation dans cette séquence. Mais je regardais, hébété, les mains posées sur mes cuisses, comme on regarde une course de cheval, attentif, concentré sur le résultat. Je comprenais que certains s'encombrent de camescopes ou d'appareils photos, pour meubler. Ma compagne me disait de temps en temps : " Espèce de connard, peux-tu me vaporiser le front ? " J'ai vu une oreille. Une bon sang de bonsoir d'oreille d'être humain, neuve, ronde, parfaite, une personne que l'on déballe devant moi, encore sous garantie, un congénère qui a voyagé depuis le singe, les huîtres et les lombrics, qui va s'essayer à l'existence, encore un autre contribuable, un ami fidèle, un amoureux, quelqu'un qui écoutera de la musique en rêvant, quelqu'un qui voudra dompter le monde ; j'ai pensé qu'on ferait sacrement la foire, qu'on accomplirait un sacré voyage, même si on ne sortait jamais du quartier, j'ai pensé qu'il fermerait mes yeux, un jour.

J'avais prévu bien avant tout ça de vomir partout, le moment venu ; j'avais averti E. : si on me propose de couper le " cordon " (je surnommais ça : " la tripe "), je dirai non, hein, c'est quand même dégueulasse. Mais en fait non. Tout m'a paru doux et intéressant, comme véritablement dans les coulisses de l'existence, l'atelier de l'humanité. Peu à peu, je me détendais. C'est bête à dire, mais c'était captivant, comme lorsque j'avais visité une usine de chocolat.

On a sorti un tout petit enfant, il était bleu, il ne respirait pas tellement puisque son cordon s'était enroulé autour du cou, il était flasque et ses membres pendouillaient à l'instar d'un poulet aux hormones déplumé ; les gens étaient très inquiets, mais moi j'étais très heureux, c'était mon fils, j'étais fier, c'était moi qui l'avais fait, moi, le type derrière le personnel en blanc, le figurant considérable, l'homme au sexe électrique qui avait transformé de la salade niçoise en créature humaine ; alors on l'a dénoué gentiment, calmement, patiemment, sans paniquer ; c'était joli, il s'est mis à tousser, à rosir, à respirer, il vivait. Puis on demandé si je voulais couper le cordon, j'ai dit " oui, pardi, tiens, bordel ! ", la sage-femme a clampé la tripe grise qui battait encore comme une veine majestueuse, tandis que mon fils était au monde, et j'ai sectionné sa fidèle cantine. Puis on l'a posé contre sa mère, il n'était pas très content, il gémissait " what the fuck, c'est quoi ce bazar, das ist eine scandall ? ! ", des grossièretés dans le langage des anges. Après, la sage-femme a tenu a me montrer le placenta, j'ai dit oui, au cas où je passe un examen de placenta dans l'année, on ne sait jamais ; elle m'a tout expliqué de cet immense bonnet de bain tout flasque, et j'étais content et studieux, j'ai failli prendre des notes.

J'avais le mal de joie, comme si une méchanceté divine avait fait pivoter ma tête plusieurs fois autour de mon cou.
...il me ressemble ! Avais-je fini par lâcher quand même, les lèvres tordues, les yeux avalés. Mais c'est vrai, avait répondu tout doucement la sage-femme, il vous ressemble.

mardi 27 novembre 2007

Poli 2.0 : Kéké (2)

C'est ici que ça commence.

La première échographie a été pour nous bien plus tôt que prévu, le médecin avait craint une grossesse extra-utérine, la créature qui pousse au mauvais endroit et qui fait le coup de l'" alien " à la future mère. Tout de suite, nous nous sommes crus poissards, persuadés que le destin se vengeait des petites fourmis mises au congélateur de notre enfance, mais l'obstétricienne a dit : " tout va bien ", polichinelle est bien dans le tiroir, et pas dans le vide-ordure, tandis que sur le moniteur, un point blanc scintillant adhérait à la matrice. Du coup, j'ai voulu déconner et j'ai dit au médecin, désignant la douzaine de cellules, le morula : " oh ! Il me ressemble ! ", elle est restée sans réaction, comme vêtue d'une combinaison anti-crétins.

Nous ne nous sommes pas emballés. De froids lézards dépourvus d'émotion, capables de manger d'adorables petits chatons sans ciller, en commençant par la tête. Calmes, impassibles, nous n'avons acheté que des petites grenouillères très banales, décorées de poussins des plus neutres, ou bien quelques bonnets moyennement adorable et passablement doux.

A la première, mais quand même seconde, échographie, nous avons découvert sur le radar le point blanc qui avait germé comme une pomme de terre oubliée. Cette créature était ciselée telle un bonsaï d'homme, une sorte de porte-clefs agité, nerveux : un corps long, fin, une chaînette terminée par une grosse boucle dans laquelle on glisse la photo du cerveau. Cet étrangeté rebondissait sur les parois en disant : " oh s'il vous plaît chers petits parents aimés, emballez-vous ! " Nous fumes surpris, car cela bougeait excessivement comme un yoyo, contrairement aux photographies des magazines où c'était figé dans le silence, un peu comme dans 2001 l'Odyssée de l'Espace. Comme il gigotait dans le vacarme des pompes intérieures, nous l'avons surnommé "Gigoto". J'ai dit au médecin, désignant "Gigoto" : " Oh c'est fou comme il me ressemble ! " Les idiots devaient lui pleuvoir dessus comme l'eau sur un imperméable.

Au mois de juillet, nous allions connaître le sexe. A l'entrée de l'immeuble, il y avait inscrit comme nom sur une boite aux lettres : " M. Garçon ". J'ai dit : " C'est un signe ! ". J'avais bien envie d'une fille, en fait, à cause du complexe d'oedipe, des garçons qui assassinent leur père en les traitant de connards, etc. J'avais dit : " on prend pas de risque, on commande une fille ", comme une pizza trois fromages, pas de risque, c'est toujours bien.

L'obstétricienne énumérait machinalement : " Deux bras, deux jambes, des mains. " (je pensais : le zizi ?) Puis elle nous a demandé si on voulait savoir le sexe, et j'ai failli mourir, ça aurait été dommage de pas savoir la fin de l'histoire. Elle a dit " c'est un garçon ", j'ai dit : " vous êtes sûre ? " Elle m'a désigné un zizi, et m'a fait bêtement : " ben oui, ça se voit pas ? " . J'ai failli demander : " est-ce qu'il va me traiter de connard et m'assassiner ? ", mais l'image de Gigoto n'était pas très précise sur l'écran. Alors j'ai fanfaronné, devant ces ondes sonores, j'ai dit d'un air absolument complice : " pour sûr, il me ressemble ! ", l'échographe a pris une mine fatiguée qui semblaient signifier : ces pères, il faudrait tous les buter, leur arracher le tête, les passer au mixeur pour en faire de la pâté pour chiens galeux.

Le 26 novembre 2005, très tôt, vers 3 heures, E. s'est levée pour prendre un bain. C'était la date exacte, à l'heure près. Une montre suisse, cet enfant. Elle a dit : " je crois que c'est le moment. " J'ai mis la tête dans mon coussin et j'ai murmuré : "Téléportation !" Monsieur Spoke, fais moi revenir au vaisseau mère ! Rendez-moi mon enfance ! Donnez-moi des devoirs ! C'était le jour J. Omaha Beach, me voilà.

C'est ici la suite.

lundi 26 novembre 2007

Poli 2.0 : Kéké (1)

Le 26 novembre 2005 était tout neuf comme la nuit, il faisait froid, un froid piquant, je m'endormais avec mon épouse à mes côtés. Elle s'était couché dans le lit qui avait craqué, manquant de le briser en deux, manquant de traverser le sol, les étages au dessous. Elle était énorme, une baleine, un tank, un chalutier, une planète. On était retourné au casino de la vie, et on avait joué banco ; un ou deux mois après, polichinelle avait fait son grand come back dans le tiroir, comme Mireille Mathieu pour sa tournée d'adieu.

Je ne dis plus ma compagne : elle était devenue mon épouse entre temps. Cela avait été une période où nous nous traînions un peu, la vie était un long cours de latin, on en mourrait pas, certes, mais on avait la marque du pull imprimée sur le front. Un soir, nous étions dans la cuisine, j'ai lâché : « oh, tiens, et si on se mariait ? », un peu comme si j'avais dit : « Oh, tiens, et si on faisait un braquage ? » J'avais toujours été contre le mariage, tout comme j'étais contre les braquages. Je me disais, si, dans l'effondrement du monde, dans la déliquescence de notre société, dans la destruction de notre espèce et le chaos, s'il n'y avait qu'une seule vérité, une unique certitude, une ultime conviction qui devait surnager, c'était bien celle ci : je ne me marierai jamais.

Lorsque le maire a demandé : « Souhaitez-vous... bla bla... Pour épouse ? », j'ai dit « oui », et ce connard a répondu : « Pourriez-vous répéter plus fort ? ». Rires dans l'assemblée. ...comme s'il avait été un putain de DJ dans une boite de nuit, à dire : « ça va ? Je ne vous entends pas !!! », pour mettre l'ambiance. Comme un instituteur grisâtre à pull à carreau avec une règle, critiquant mon élocution de timide, il avait fait son petit malin, il m'avait demandé de répéter plus distinctement. Je l'aurais bien pris et renversé sur la table, pour lui fourrer les alliances dans la bouche et lui gueuler dans les narines : « eh ducon, pourquoi tu crois que j'ai mis un costard, pour chercher un emploi de chef de rayon ? »

Nous aimions l'humour noir, malgré tout, et nous avions baptisé le second prototype Poli 2.0.

Contrairement à la V1, je n'ai pas voulu savoir, pas faire le cirque des tests de grossesse. Un matin, elle m'a appelé pour me dire qu'un ami ou un cousin ou le cousin d'un ami faisait un détour par Paris, il fallait qu'on se retrouve au café. Quand je l'ai retrouvée dans la salle non-fumeur, j'ai tout de suite compris, elle avait une tête d'une fille qui va annoncer qu'elle est enceinte. Ça va ? Elle glousse. Tu as passé une bonne matinée ? Elle glousse. Et le cousin de passage ? Elle glousse. Je me suis levé, alors, je me suis isolé aux toilettes. Des cartes postales publicitaires s'affichaient sur le mur, sur le rebord de la fenêtre, des dizaines de brûlures de cigarette. Assis sur la lunette, regardant les dalles rouges et blanches comme des cendres, j'ai pensé : "Ça va m'arriver à moi ! C'est fantastique ! Au secours ! Il va vraiment falloir aller aux réunions des parents d'élèves ? Et moi qui suis censé mourir jeune, comme Jimi Hendrix ou Jésus ?" Je trouvais ça énorme qu'on me demande de perpétuer l'espèce, qu'on me confie les clefs du camion. Il doit y avoir une dysfonctionnement, comme dans Brazil, une mouche est tombée dans la machine à écrire des divines dactylographes.

Puis je suis revenu, et elle a gloussé. Alors, elle m'a offert un paquet bleu contenant un petit pyjama bleu, avec déposé sur le tissu soyeux peuplé d'oursons et de lapins, un test positif bleu.

Lire la suite.

dimanche 25 novembre 2007

Poli 1.0 : Polichinelle

Je farfouillais mon vieil ordinateur portable, ouvrant au hasard quelques fichiers oubliés, m'amusant de ces vieilles données fossiles, comme ces os que l'on exhume et qui permettent de reconstituer un monstre tout entier. Lettres de motivation, de démission. CV, courrier à entête, aux gros paragraphes empruntés, lettres à la banque, au style compassé comme une queue à la Poste. Veuillez agréer, etc.

Je tombais sur un fichier Excel nommé "Poli.xls". Je me souviens de Poli : c'était le petit nom de polichinelle. J'ouvris le fichier, nous étions le 25 novembre ; c'est aujourd'hui, mais je parle au passé, et le passé c'est comme du vieux parquet, c'est la classe. Un calcul sibyllin m'apprit : " Poli arrive dans -1523 jours . A savoir : -217,57 semaines, -50,77 mois, -4,16 ans. " On reconnaît bien le style précis et pince-sans-rire du fichier Excel, humour noir et raide tendance majordome.

Pourquoi des nombres négatifs ? En fait, Poli arrivait le 25 septembre 2003. C'était un petit compte-à-rebours ; quand la date est dépassée, le compte à rebours s'inverse, et part regagner son infini. C'était un compte à rebours pour sa naissance, Poli était son nom de code, comme "Polichinelle dans le tiroir".

Nous avions acheté des tests de grossesses par packs de douze, et nous en faisions compulsivement, comme des types qui se ruinent au Tac-O-Tac, nous regardions dépités le truc ne pas se colorer. Après, nous nous affalions sur la canapé, pour nous punir de télévision, car nous nous sentions aussi minables qu'une publicité pour des éponges. Ca en a pris du temps, pire qu'un dossier pour être naturalisé martien.

Et c'est arrivé, et j'ai bu des bières. Nous ne tenions plus en place, je courais nu dans les rues en plein hiver, avec une cravate noué autour de la tête. C'était comme si j'hébergeais Led Zeppelin au grand complet à la maison, le soir j'aurais joué de la guitare avec Jimmy Page, et lui qui m'aurait dit : " mec, j'aime bien comme tu joues, j'aime ton style, tu veux pas devenir le cinquième membre du groupe ? " Du genre le bonheur de la joie.

Poli était devenu dans nos fantasmes un personnage de légende. Il vivait dans les limbes, avant, il regardait les annonces pour les prochaines existences, et se disait, hochant la tête : " Pas encore. Merde, je suis parfait, il faut que je trouve des gens bien ". Et puis du style Patrick Sabatier, Avis de Recherche, je t'ai trouvé. Je vois une photographie de ma compagne, avec un sourire lumineux, les mains posées sur un ventre un peu plat.

Mais en fait poli n'est pas arrivé. Il s'est perdu en route. Fin décevante pour un personnage attachant.

Ce sont des choses qui arrivent, mais nous étions comme des enfants à qui on a promis un gros camion. On ne comprend pas qu'on nous prive du gros camion, en fin de compte. Jimmy Page qui me dit : " En fait, on va plutôt engager le voisin du dessus, sans rancune, mec". Bêtas gigantesques, aux cœurs d'artichauts sous des serres délirantes. Ma compagne m'a appelé, elle m'a dit ; " je saigne, ce n'est pas normal ". Je lui ai dit, mais si, c'est normal, tout est normal, tout va bien, ça arrive. Ma compagne a passé sa soirée sur Internet, à lire les symptômes, pour extrapoler des choses inquiétantes, d'autres qui affirmaient " mais il est possible que... " et moi de dire, " tu vois ! Pas de soucis, il est possible que... " Puis le lendemain, vers midi, nous nous sommes retrouvé devant la porte de l'immeuble, elle avait une radiographie à la main, et puis rien, je n'eus pas besoin d'un dessin pour comprendre, on s'est compressé dans les bras, comme les voitures d'un César, devant les plantes vertes qui encombraient le hall. Bye bye, Poli, bon retour sur la route 66, dans ta limousine d'illusions, embrasse l'horizon de mes deux de notre part.

Après, l'habitude. Ma compagne a perdu sa voix, dommage pour une chanteuse ; un lundi matin, on est allé à la maternité, pour se faire aspirer le cerveau, tandis que des femmes en chemises de nuit erraient dans les couloirs, harassées, des crevettes à la main. Nous avons repris le travail, et tout a recommencé gentiment ; les néons sur les parois des tunnels du métro, filant à toute allure dans une course obscure et sans but, comme le Tour de France avec des spectres. Manger des steaks, se faire des poêlés de légume. Ma femme a repris la pilule. Rigoler avec des amis, regarder des séries américaines, avec des héros, le mec qui a une lourde histoire cachée enfouie dans son passé, une histoire tellement lourde que ça fait froncer les sourcils mystérieusement ; la femme flic hispanique, le couple de blacks sexy qui écoutent Marvin Gaye en mélangeant leurs muscles, le confident homosexuel, gentil, mais qui meurt avant la fin.

Six mois après, en cours du soir, pendant qu'un professeur parlait d'algorithmes et de machin chose, j'ai eu l'impression de me regarder comme si j'étais un robinet, un gros robinet en inox. Oui, un gros robinet, avec deux grandes oreilles, une rouge, une bleue. Et c'était comme si la Seine s'était glissé par le sol, par le plancher, pour remonter de toutes ses forces par la tuyauterie de mon corps, se heurtant avec une pression insensée à mes yeux fermés. Comme si j'avais gagné le prix Nobel de la nullité. J'ouvre ou non le robinet ? Je n'ai touché à rien, j'ai laissé fermé, l'eau est reparti doucement par mes pieds, j'ai pleuré par le sexe, en allant pisser un coup. Je me disais, oh, j'aurais bien aimé, tout de même.

samedi 24 novembre 2007

Communication digitale, zéro

La vie offre parfois des moments de honte tel que l'idée de vivre au fond d'un abris nucléaire, avec des boites de flageolets, ou dans une cabane oubliée sur la montagne en mangeant des baies paraît alors une alternative tout à fait engageante.

Pour mieux saisir cette histoire, il faut la replacer dans son contexte. A l'époque, il y avait un service client dans mon entreprise, tenu artisanalement par des jeunes filles à peine sortie du lycée, qui mâchaient, le casque téléphonique sur la tête, des gros chewing-gums roses et en faisaient des bulles. L'une de ces bulles, la bulle Internet, éclata dans l'air, avec plein de gens dedans. A partir de là, et tous les six mois, des plans sociaux renvoyèrent quelques jeunes Rastignac dans leur Bretagne natale, dans une ambiance de Star Academy un peu ulcérante. Les survivants, comme moi, tachaient de se faire petits comme des playmobils, de ne pas péter, de porter des couches pour ne pas aller aux toilettes, d'éviter de montrer son sexe au Président Directeur Général, ivre le jour d'un cent-douzième pot de départ. Des réunions générales étaient vite organisées, devant des employés debout aussi joyeux que des poulets de batterie. On prononçait des discours fédérateurs, tandis qu'en coulisse, le prochain licenciement s'organisait prestement, délai étroit oblige.

Comme on le sait, il n'y a rien de tel qu'un bon licenciement économique pour recruter d'autres personnes juste après, des cadres bien habillés, et mieux payés que ceux d'avant. C'était naturel, avec les économies qu'on faisait, on pouvait se le permettre. Au Service Client, il fut donc décrété la fin de la république autogérée des filles, il arriva enfin quelqu'un de sérieux, un homme. C'était un jeune cadre dynamique, il portait une cravate, sauf le vendredi bien sûr, "Friday Wear" oblige. il articulait quand il parlait, blond, le nez pointu, une tête de fouine.

Tout de suite, il organisa, il planifia, il installa des " procédures ", il fit des " schémas ", et afficha sur les murs des sentences et des consignes en gros caractères. Puis il se ficha derrière son ordinateur, et tapota, dans son coin. Au bout de quelques semaines, ses subordonnées commencèrent à s'interroger sur l'apport effectif de leur responsable dans leur labeur, ainsi que sur toutes ces inconnues qui cherchaient à le joindre au téléphone. Certaines interlocutrices se montraient très coquines, malicieuses, voire franchement explicites. Pas très comptabilité-fournisseur, tout ça. Parfois, quand il revenait de déjeuner, il trouvait sur un post-it des messages notés scrupuleusement par la standardiste, du genre " Tigra a hâte de se faire dresser par le bambou " ou " La vampire a les crocs, tarzan75 ".

Un certain malaise s'installa. Une enquête fut discrètement ordonnée, un stagiaire informatique option KGB se fit une joie de monitorer son ordinateur. Il s'avéra alors que le jeune homme passait l'essentiel de son temps sur des sites de rencontres en pleine expansion, sites de charme, érotiques, échangistes, amateur cochon zootruc, etc. Sans se démonter, digne, le jeune cadre dynamique fit face, organisa une réunion avec ses jeunes amazones. Quelque part, il fit preuve d'un certain courage, mais il sentit vite une atmosphère à se retrouver ficelé dans un coffre de voiture, le pénis coupé dans la bouche. La confiance ne régnait plus, en somme. Il disparut du jour au lendemain.

***

C'est dans cette ambiance de rigolade que j'entre en scène. Je travaillais dans un coin, je répondais à des mails toute la journée, les yeux rivés sur " Outlook Express ". Des centaines de mails, des centaines de centaines, mon adresse directe étant proposée brutalement, en clair, sur des sites marchands.

Un lundi matin, j'étais fatigué, je répondais à un client grec, paf, j'appuyais sur mail suivant. Je tombais sur un problème insoluble, paf j'effaçais le mail, mail suivant. Une jeune employée arriva alors pour me poser une question. C'était une toute petite personne, Mimi Geignarde, excessivement bavarde. Du genre à raconter des détails croustillants à toute l'entreprise. Et elle venait droit vers moi.

La sentant arriver, j'envoyai machinalement le message en cours, j'appuyai sur message suivant et je pivotai ma chaise vers elle, attentif. Elle commença alors à m'interroger, toute petite, avec ses lunettes et son petit cahier ; je l'écoutais bras croisés, lorsque son regard fut attiré par mon écran. Elle fit une bouche toute ronde, des yeux exorbités d'horreur, et s'interrompit pour fuir. Je tournai quant à moi ma tête vers mon ordinateur et je découvris une spectacle fort incongru en plein écran, d'une obscénité grandiloquente et animée, une femme les jambes écartées, des messieurs tout autour et de fort bonne humeur.

L'infamante mésaventure avait une explication scientifique : le message suivant dont j'avais lancé l'affichage était un spam plus vicieux que de coutume. Il contenait un script provoquant l'ouverture d'une fenêtre en plein écran, publicité fort percutante. Mais allez expliquer ça à des jeunes filles à lunettes, hein. Sur le champ, je me précipitai vers ma collègue afin de sauver ma réputation dans ce coupe-gorge. Elle m'écoutait avec un air de sphinx, la bouche pincée. "Je peux tout expliquer, dis-je d'un rire faussement détendu..." Et je me lançai dans des théories sur les javascript, la publicité non sollicitée, que je subissais sans me plaindre dans la solitude de mon bureau bien caché. Autant chanter Carmen à un caillou.

Quelques heures après, tel un Jacques Chirac, je tentai de me sortir de cette affaire (nous mangions tous ensembles, dans une cantine). Discret d'habitude, j'abordais le sujet de plein front, en insistant bien sur le côté cocasse, plaisantant, me tapant le genou. La collègue disait : ouais, ouais. Puis, l'après-midi, je fis moi-même le tour des services, dissertant au passage sur ce bon moment dont j'étais le héros.

La jeune fille, comme beaucoup d'autres, fut licenciée quelques mois plus tard ; elle regagna sa Bretagne natale.



Musique : "www.com", Arthur H. (mais je ne l'ai trouvé nulle part, ben tant pis)

vendredi 23 novembre 2007

Androïde Paranoïaque

Longtemps, je me suis couché super tard. Je regardais la télévision après minuit, étudiant inscrit en fac de Rien, en me plaignant, affalé : "C'est dur la vie, rien le temps de rien faire". Manger des chips. Traîner, regarder la nuit qui tombe, le temps qui passe. De temps en temps, prendre les transports en commun, se deviner dans le reflet des larges vitres, sa dignité bousculée par l'acné. Parfois s'autoriser de rester couché, terrassé par la mélancolie du pas grand chose.

La nuit, à la télévision, je regardais des musiciens riches avec des femmes en short danser sur des limousines, alors j'émettais des sarcasmes sur ce monde décadent, tout en poursuivant, ennuyé, ma contemplation. Parfois je suivais des documentaires animaliers. Le renard de Charente chasse astucieusement quand vient la nuit... Quand arrive la saison de la reproduction, le pingouin de Tasmanie... Takito Tanagachi va tenter le coup du roulé-boulé-renversé, très ardu au billard anglais... Plus que sept-cent kilomètres à parcourir pour le champion du monde de marathon qui va franchir l'océan à la marche... Ce superbe masseur d'ongle électrique est vendu avec en cadeau un puissant anti-limace...

***

Longtemps, à partir de mes dix ans, j'ai été un prolongement de mon ordinateur, un Amstrad à cassette, j'en étais une sorte de rallonge, de périphérique, je passais mon temps à programmer en Basic. J'étais bon en physique, mes parents, qui n'avaient pas fait d'études étant jeunes, fervents croyants en l'ascenseur social, me prédisaient une carrière de chef de l'arsenal nucléaire, ou de capitaine des mathématiques. Puis à quinze ans, dans la foule compacte des idées folles et des gens fumant leurs premières cigarettes, je me suis dit qu'une carrière de poète maudit ne serait pas si mal, voire un truc cool. J'ai cherché à faire des études de poète maudit, donc, les débouchés étant souvent, malheureusement, maudit tout court.

Ah, si je me déplaçais à cet époque, dans le vaisseau en forme de citrouille qui avait le pouvoir de remonter le temps et que conduisait Jacques Martin (je l'admirais beaucoup, enfant, je croyais qu'il remontait vraiment le temps, Jacques Martin, c'était bien pratique pour son émission d'Histoire, ça légitimait beaucoup son propos, cet engin), je lui en aurais mis des tartes dans la gueule, et des coups de pieds aux fesses, à ce moi du passé. Mais bouge toi un peu l'oignon, nom d'un moule frite ! Fais quelque chose de ta vie ! Avec mon emploi du temps actuel de non-rentier, où même le loisir doit être optimisé, tu sais ce que j'en pense de tes tergiversations, de ton errance, glandu ?

A l'époque, j'étais maudit de ne pas l'être, et le soleil se couchait d'un coup, intégralement, pour le monde entier, même pour les chinois.

***

Alors, à trois heures du matin, tandis que je méditais, la cheminée s'est mise à faire des bruits de forge. Le soupirail de l'enfer. La fumée sifflait, noire, comme eternuée, colérique, mauvaise ; il se passait quelque chose. J'ai réveillé mes parents, mes frères, qui dormaient paisiblement, et nous avons appelé les pompiers. Ils sont montés sur le toit, énormes guerriers sans sommeil, ont glissé un tuyau et inondé la maison. Le conduit aurait éclaté, ont-ils dit, oui, le conduit prêt du lit de mes frères, la maison aurait brûlé rapidement. Impossible d'y échapper, à trois heures du matin. Mais j'étais celui qui veille, dans la nuit, le gardien misérable et ténébreux, le préposé à la sécurité du feu, aux antipodes du jour clair, comme un phare dans la mer déchaînée de l'ennui. Je me suis autorisé ce mythe de poche, disant qu'il en faut des glandus scrutant l'obscurité, telles des ombres nourris de télévisions silencieuses, pour protéger ceux que l'on aime.

Une autre nuit, tandis que je veillais, j'ai croisé ce clip, et je suis resté saisi. Je l'ai trouvé magique, comme si on l'avait fait pour me faire plaisir. Il a semblé se conclure comme une silhouette que l'on croise, mystérieuse, qui disparaît et qu'on veut retrouver en passant une annonce dans le Libé, en vain, bien sûr.

Puis hier, de nombreuses années après, je l'ai cherché sur YouTube, tout simplement. Je l'ai trouvé, dans la seconde. C'est magique, internet, c'est comme Jacques Martin dans sa citrouille à remonter le temps. J'espère que cela vous intéressera :




Radiohead, Paranoïd Androïd

jeudi 22 novembre 2007

Un jour ordinaire

Tiens, ma femme et mon fils ont failli se faire écraser par une voiture tout à l'heure. "A propos, me dit-elle au téléphone, tu aurais pu être très triste aujourd'hui". Une automobile qui s'arrête au passage piéton, puis le conducteur, distrait, redémarre et freine à cinquante centimètres de la poussette. La poussette grise, avec le Kit pluie. Le chauffeur qui sort, s'excuse, E. fond en larme, s'assoit, la peur, l'émotion.

Pile ou face, aujourd'hui tout est bien. Le hasard ne m'a pas écrasé de son talon considérable. Je travaillais sur quelques billets de mon blog, certains marrants, d'autres pas. Je me disais, tiens est-ce que je vais dépasser les cent visites, en ce bon jour de chance ? Et si j'essayais ce gadget qui fait clignoter mon article comme un sapin de Noël ? Et si je découvrais les livres de science-fiction ? Playmobil ou garage de voiture, pour l'anniversaire de Kéké, dans quatre jours ? Et si j'apprenais à faire des vrais pizzas, avec même la pate ?

Je vais pouvoir aller manger des sandwiches en triangle à midi, poursuivre, l'air de rien, publier des conneries, ou non. Écouter le bruit du jour ordinaire qui s'écoule comme un ruisseau, monotone, agréable, insignifiant, apaisant. Rentrer à pied, lancer des balles de couleur dans la chambre, m'endormir et plonger dans des rêves incohérents.

mercredi 21 novembre 2007

Chant de marche à la pluie débutante

Les marchands de cartes postales, comme sortis des catacombes, poussent leur chariot d’images, fumant sur les trottoirs déserts. Dans les boutiques compactes, d’absurdes casquettes touristiques rendent profondément mélancoliques ceux qui les portent, et ceux qui les regardent. La butte semble à peine surgie de terre, avec ses parois humides et fraîches, zébrées de lierre, paisible dôme dallé de labyrinthes inclinés où j’erre comme un laborieux Minotaure. Un manège s’est recroquevillé au bas de la colline, fête délavée. Tel un hérisson lugubre il menace ; abattoir silencieux pour les chevaux de bois. On accélère le pas, on est en retard. Des talons claquent toujours, d’énigmatiques demoiselles disparaissent comme des mondes éclipsés.

La pluie alors m’enlace élégamment, tournoie, ambiance feutrée d’un bal de débutantes. Lentement, je sombre vers le ciel, trempé, de plus en plus semblable aux éponges nuageuses charriées par les courants célestes. Un commerçant solitaire s’est extirpé de son échoppe, sa vitrine est un kaléidoscope de monuments et d’assiettes sérigraphiées ; dans le vent battant, il répète aux rares promeneurs : « Parapluie, parapluie, parapluie. »

mardi 20 novembre 2007

Chant de marche dans la nuit terminée

Au matin, la ville est hagarde, moi aussi, nous nous comprenons. Un ciel gris et poudreux comme une perruque coiffe ma tête, avec ses pellicules d’étoiles, ses poux de planètes, ses mèches d’aéroplanes. Brillants comme du quartz, les pavés humides se jouent de quelques badauds qui, furtifs patineurs, ratent le programme technique, et espèrent en vain la mollesse des plages sous les pavés brumeux, en se vautrant par terre. Ailleurs, des talons claquent sous les hauteurs de quelques demoiselles énigmatiques aux sévères chevelures ; déesses des secteurs tertiaires, amazones comptables armées de sacs à main carrés. Sous les derniers réverbères bordant la nuit fatiguée, les poubelles s’alignent raides comme des troupes, semblant faire la queue pour rentrer au local, se blottir dans l’exiguïté de leur banquise obscure. A travers les vitrines des cafés, des châteaux de chaises s’élèvent, projets délirants et perdus de la nuit ; un client hume l’odeur fraîche de son journal, caché du temps qui passe, dans le ronronnement très ferroviaire du percolateur. Le serveur maigre et revenu de tout s’est grimé en serveur maigre revenu de rien, pour le carnaval invisible du monde.

lundi 19 novembre 2007

Manger de la lumière

En ce moment, je suspecte ma compagne de lire quelque ouvrage sur la vie des Spartiates, du style, "Survivre torse-nu en hiver" ou "Vaincre en triomphant dans la neige". Comment expliquer sinon sa lubie de sortir le dimanche, dans l'hiver fou de l'automne, alors que même le concept du froid voudrait bien rester au chaud ?

Après avoir entamé une grève de la faim de dix minutes, après m'être roulé par terre et m'être fait pipi dessus (j'observe et j'apprends), je suis obligé de céder. Sans gant, sans écharpe, je sors, car je nie l'existence même de l'hiver.

L'objectif de ce commando dominical est le manège, place des Abbesses. En effet, au petit déjeuner, nous avons eu le malheur d'en parler avec Kéké, histoire qu'il nous fasse un peu le singe savant. "Alors, le manège, c'est bien ? Avec le gros camion ? Qu'est-ce que tu as préféré ? L'éléphant ou le gros camion ? Tu as raconté à papa comment tu avais bien conduit le gros camion ? etc." On l'a si bien chauffé qu'après cinq minutes, ivre de désir, il s'est agrippé à la porte d'entrée, en pyjama, en implorant "Manège ! Manège ! " Bien fait pour nous.

De loin, nous apercevons le manège fermé.

Sans état d'âme, je conclue : "Bon, ben on va entrer au chaud, hein." Mais E. ne l'entend pas de cet oeil là. (ça n'a pas de sens ce que je viens d'écrire, mais c'est moi qui raconte).

Nous découvrons derrière une bache, bien planqué, le gérant du manège qui s'apprête tranquillement à ouvrir. Un bon quart d'heure, parait-il. Pendant ce temps, nous proposons à Kéké d'aller jouer au square. Que nenni. Il veut rester devant le manège, car la lente ouverture du manège, c'est déjà le manège. Au bout de dix minutes, le gérant, se sentant autopsié du regard par mon fils qui n'en loupe pas une miette, qui trépigne, accélère la cadence.

Sur le manège, enfin, quelques enfants se tiennent immobiles, tétanisés par le froid. On se croirait à "Congélateur Park", un mélange entre une crèche et les magasins Picard. Après le scandale de l'Arche de Zoé, le scandale des enfants surgelés. Alors, les petits, le Front de l'Est, ça vous plaît ? Les mioches se tiennent immobiles sur des véhicules clignotants, emmitouflés dans des combinaisons conséquentes, comme des nains de l'espace. Le manège tourne enfin, des parents courageux se risquent à des "coucous", tandis que les petits patientent sur cette banquise multicolore, l'air absent. J'imagine bien les phrases qu'on pourrait leur sortir à cet instant :

- Alors, Mattéo, ça te branche toujours, garde-champêtre, comme métier ?
- Alors, Emma, tu vas finir de me les casser, avec ton petit poney ?
- Alors, ça te plaît de me griller ma grasse-matinée, hein ?
- Alors, tu as pris ton maillot pour la patinoire ?
- Alors, tu vois ce que ça fait de répondre à la question "C'est qui que tu préfères, papa ou maman ?"

A la fin des tours de manège, les parents vont déloger leur enfants, comme des playmobils, pour les replacer dans un autre engin, histoire de varier. Et comme pour les playmobils, il faut plier et déplier les jambes pour les encastrer. Le manège repart, personne ne bronche. Kéké, lui, veut bien essayer d'autres véhicules, mais finit toujours par regagner l'autobus (gros camion). Il est comme son papa, il aime bloquer sur ce qu'il lui plaît. Exemple : la pizza trois fromages.

Puis je fais des yeux de bambi pour rentrer, j'ai eu peur qu'il ne prenne une envie à E. de nous baigner dans la Seine. Là, chez nous, à la maison, c'est le festival du chaud, l'orgie de petites voitures contre le radiateur. Moralité spartiate de l'histoire : "Tu vois, quand on part dans le froid, on est super heureux de rentrer. Alors arrête de râler."

Plus tard, Kéké est allongé sur notre lit, alors que l'obscurité a déjà gagné le ciel. Il vient de découvrir la lampe torche, il s'amuse, en pyjama, à promener le flux lumineux à travers la pièce. L'air ravi, il suit des yeux le rond clair qui voyage au plafond. Sa maman lui murmure : "Regarde ! On dirait la lune !" Il glousse d'avoir sous la main cet astre domestique, qu'il ballade dans l'espace selon sa bonne volonté.

Je le vois alors faire descendre lentement le faisceau lumineux le long du mur contre lequel il s'appuie, jusqu'à éclairer son visage, et diriger la torche dans sa bouche. La gorge éclairée, il mâche. Je lui demande, intrigué, ce qu'il fait :
"Mange la lumière, me répond-il.
- Et c'est bon ?
- Miam !"

vendredi 16 novembre 2007

Les yeux qui ne bougent pas

Hier, c'était Beaujolais Nouveau, avec Monsieur Romano. Au fait, Monsieur Romano, tu as le droit de laisser un commentaire, en bas, ce n'est pas un club privé, ici, je ne suis pas habillé en cuir avec une cravache à la main et une casquette en clou (du moins pas aujourd'hui).

Bon, le Beaujolais nouveau, pour moi, ce n'est pas pareil que pour les autres. Les autres, les parisiens, avec l'accent pointu, ils en profitent pour se beurrer avec du vin pas fini, puis ils disent des bêtises dans le métro, ils braillent pour se défouler d'habiter dans des studios, et au final ils se vautrent en vélib'. Mais moi, le Beaujolais, ce n'est pas pareil. Déjà, quand je suis beurré, je dis toujours des choses intelligentes. Bon, j'articule moins bien, parfois pas du tout, parfois je me trompe de mots, parfois je vomis, mais toujours intelligemment. Bref, je dis des choses intelligentes, à défaut d'être intelligibles.

Et puis le Beaujolais, c'est un peu grâce à moi qu'il existe. Pendant sept ans, j'ai vendangé dans le Beaujolais. Sans le savoir, vous avez dû boire ces dernières années une bouteille avec un peu de raisin que j'ai ramassé, un peu de mon labeur, de mon amour, de ma sueur, avec aussi quelques morceaux de mes doigts, avec deux ou trois fourmis, quelques araignées égarées dans le seau. Un peu de mes vomis aussi, lorsque j'errais dans les vignes verdoyantes et nocturnes, embarrassés par certains verres superfétatoires.

Avec Monsieur Romano, donc, on goûtait le Beaujolais Nouveau, en fins connaisseurs. Il était rentré tard de son documentaire sur les punks, moi j'avais fini de dire au revoir à mon petit punk, dont le slogan était "no dodo". Nous avions sortis religieusement deux verres, émus, puis reniflé la vermeille boisson, comme des Jean-Pierre Coffe, puis avalé une gorgée. Une horreur. C'était peut-être la bouteille qui était bouchonnée, ou nous qui n'étions pas d'équerre, toujours est-il que nous bavâmes une infection rougeâtre indescriptible. C'était une sorte de vinaigre de gastro-entérite, du jus de blattes moisies, de l'urine de chacal malade.

Puisque Monsieur Romano participait à un documentaire sur les punks, nous en vîmes à parler de cinéma, et de la prise de son, particulièrement. Il parait que le son direct est une spécialité française. Une french touch, quoi. Le son direct, c'est le perchman, c'est le micro-cravatte. Les types du son sont fiers d'affirmer "Moi j'ai fais un film avec à peine 15-20% de postsynchronisation". Ailleurs, en Italie par exemple, on fait le son après, c'est leur tradition. C'est bien connu que Fellini demandait à ses acteurs de dire n'importe quoi, de compter par exemple, les dialogues étant enregistrés, voire écrits, après les prises de vue.

C'est à ce titre qu'un grand ingénieur du son français, comme Jean-Pierre Ruh fut engagé sur le film "Il était une fois en Amérique", de Sergio Leone. Un jour, gros plan sur le visage, pardon, les yeux de Robert de Niro. Gros plan comme d'hab, quoi, du Sergio Leone, logique. La caméra contre le nez.

Jean-Pierre Ruh est bien embêté : la scène se tourne, pas de difficulté pour placer le microphone, c'est un très gros plan ; mais de Niro est incompréhensible. Il n'articule pas, il marmonne son dialogue, comme moi après du Beaujolais Nouveau. Jean-Pierre Ruh se gratte la tête, il se demande comment il va faire pour demander à Robert "Taxi Driver" de Niro de soigner sa diction, d'énoncer plus distinctement, comme un vrai comédien, en fait. Il s'interroge sur la manière la plus diplomatique pour dire : "Tu sais, Bob, j'ai le micro au bord de tes lèvres, et j'en ai placé, des micros, moi le professionnel du son direct, et j'en ai entendu des acteurs, sur les plateaux, mais toi, on n'entrave que dalle ; alors articule quand tu parles".

Il est bien embêté, mais il est ingénieur du son tout de même, il tourne le dernier film de Sergio Leone, et il ne va pas prendre sur ses épaules la responsabilité d'un tel désastre. Ainsi, il courbe l'échine, il va voir Robert de Niro, et il lui dit, en substance qu'on ne comprend rien à ce qu'il baragouine ; et est-ce qu'il pourrait pas - s'il vous plaît - articuler un peu plus ?

Alors Robert de Niro Répond : Non.

Non, dit-il, il n'articulera pas plus. Parce que s'il articule, cela fait bouger ses yeux. Et c'est laid, des yeux de Robert de Niro qui bougent, un visage remué par l'effort de la diction, en gros plan. Il ne veut pas des joues qui sautillent, des paupières qui sursautent. Non. Le regard de Robert de Niro doit être droit et dur et inamovible comme de la pierre d'homme. C'est Robert de Niro, pas Robert de Funès.

Ensuite, j'imagine l'acteur qui dit à Jean-Pierre Ruh des trucs du genre : "You're talkin' to me ? ... Who the fuck do you think you're talking to, with your microphone ?", mais ça en fait j'en sais rien.

Mais si un jour, vous êtes confronté à ce problème, si vous avez trop tâté du Beaujolais Nouveau, ou du Bordeaux Nouveau, ou de la 33 Export Nouvelle, faites juste comme Robert de Niro, dites : "Non, j'articule pas, car sinon ça fait bouger mes yeux, et c'est nul, en gros plan".

mercredi 14 novembre 2007

Chien pourri et oisive jeunesse

Je suis d'une humeur de chien pourri. Oui, pourri le chien, pourrie l'humeur.

Petite formation professionnelle aujourd'hui, la joie du savoir, l'apprentissage, la connaissance. Et bien il en faut toujours un pour faire le coq, et que je veux être formateur à la place du formateur, et que je sais tout d'ailleurs pourquoi j'ai une formation, et que toi tu ne comprends pas, mais on vient de l'expliquer pourtant. C'était Star Academy, comme si l'un d'entre nous devait être éliminé le soir même, ou bien au contraire recevoir une médaille en chocolat avec gravé dessus "l'employé du mois qui l'était trop fort". Et encore, je n'imagine même pas s'il y avait eu une fille au milieu. Le combat. Le duel. La concurrence. Le défi. L'effort. Toi Hermione, moi Hormone. Moi vouloir impressioner toi.

Des claques. Je suis un exportateur de claques. Je suis l'inventeur de la claque. A chaque claque qui tombe dans le monde sur les crétins et les méchants du bulbe, je touche des droits d'auteur. Chouchous, beignets, glaces, tartes dans la gueule. Dommage, j'aurais bien été un hippie, avec ma guitare dans la montagne, j'aurais chanté "c'est une maison bleue, adossé à la colline, j'y mets plein de crétins, elle s'écroule dans le ravin et moi je respire, SAN FRANCISCO, avec Loïc Lemeur, je fais des start-ups, etc. ".

Mais revenons à nos moutons. Je suis d'une humeur de mouton pourri. Des jeunes autour de moi, des jeunes qui pourraient apprendre la guitare, des jeunes donc usent leur talent et leur énergie à construire dans la précipitation un site internet "anti-grève". Faites circuler la pétition. Bon, les grèves c'est embêtant, hein, c'est comme les congés payés, on en a trop, on s'ennuie, résultat Johnny Halliday s'en va, c'est la fuite des cerveaux, et tout est dépeuplé.

L'usager pris en otage. Pitié, soyez de gauche, soyez de droite, comme vous voulez, le panache, la rigueur, l'humanité, le libéralisme, le communisme, le tiers-mondisme, le gaullisme, le cynisme, le socialisme, d'accord, mais pitié, pas la médiocrité Claire-Chazalesque, la phrase mille fois entendue, remâchée, prémachée, avec un vieux goût de poisson surgelé, l'argument moisi-roquefort sur les nantis et les paresseux, et les PowerPoints miteux sur les conducteurs de train, les argumentations de métropolitain avec des odeurs de slips rances, les réflexions mesquines tellement petites qu'on entre dans le domaine de la physique quantique. Mes jeunes amis ont des habitudes de pharmaciens de Flaubert, des petits Homais avec des petits chapeaux dans les petites officines du monde.

Le jeune hippie que j'étais, il va ressurgir de son passé comme d'un tombeau, il va marcher tel un zombie dans Thriller, et il va tatouiller les gens à coup de guitare. "C'est une maison... paf un bleu !". L'attaque des Zombies Hippies.

De l'air ! De l'air ! Du vent ! De l'éolienne ! De la tempête ! Du déodorisant ! Des fougères ! Des vignes ! de l'espace ! Des plages ! Des caps ! Des pics ! Des péninsules ! Des éléphants ! Des paquebots ! Des explorateurs ! Des turlututus ! Des chapeaux pointus !

mardi 13 novembre 2007

Culte de ma personnalité

(Hier, j'ai pris un gros brouillon, et tel un gigot, je l'ai coupé en deux, une part à consommer sur le champ, la seconde moitié à faire réchauffer le mardi. Voilà donc la suite).

Ce que je n'ai pas avoué dans mon précèdent billet, c'est que j'use de subterfuges particulièrement condamnables pour me faire passer pour un héros, auprès de mon fils.

Ainsi, alors qu'il croit que je travaille dans un camion poubelle, au lieu de le détromper, je détaille mes pérégrinations. Papa a eu beaucoup de travail, avec le gros camion. Ah ah, il est allé très vite, les collègues de papa ont du beaucoup courir pour le rattraper, ça leur a fait les pieds. Mon épouse me regarde comme un escroc, et je me cache derrière le canapé.

Kéké a deux ans, il a une confiance absolue et naïve en nous, il n'a pas d'ami, pas de copine, il ne sait pas faire des courses, il ne sait pas faire à manger, il me regarde de tout en bas avec des grands yeux humides. Alors, tel un dictateur du Turkménistan j'emploie des méthodes très soviétiques pour cultiver le culte de ma personne. "Regarde ce carton de livres, seul papa peut le soulever aussi haut dans l'air." - Démonstration - oh c'est lourd ! "Papa est fort", dis-je pour insister. Ça fait bien rigoler maman. Quoi ? Il y a des vérités, la nuit c'est noir, le bain c'est chaud, papa c'est fort.

Porter le réfrigérateur ? Facile pour papa. Il le prend avec les deux mains, il le soulève, puis se demande "Tiens, quelle heure est-il ?", il fouille dans sa poche pour chercher son téléphone portable, le frigo sur une main, puis il fouille l'autre poche, avec l'autre main, le frigo maintenu en l'air par la force de sa pensée. Parfois papa emploie un copain figurant qui a l'honneur de mettre une main sur le réfrigérateur, pour imiter papa et reprendre confiance en lui, et goût à la vie ; parfois papa magnanime laisse même un second copain porter le frigo avec lui, car papa est tellement fort qu'il n'a plus rien à prouver, qu'il est revenu de tout, et qu'il peut s'asseoir sur le canapé pendant que les copains portent le frigo.

Autre exemple : regarde, papa jongle. Je prends trois balles, j'exécute deux ou trois mouvements de jonglerie, c'est magnifique, les balles partent aux quatre coins de la pièce. Papa a fait exprès de balancer toutes les balles, c'est exactement ce qu'il voulait faire, car papa aime le désordre, et papa est déjà las de jongler au bout de deux secondes. Papa est un prince, il se lasse facilement comme les grands de ce monde. Papa recommence avec deux balles. Papa y arrive bien. Papa aime la simplicité. Papa jongle maintenant avec une seule balle. Oui, papa, comme le Pape, n'est pas dupe des artifices de ce monde. A quoi bon jongler avec trois balles quand une seule suffit ? C'est bon, c'est beau, comme la balle s'envole, comme la balle retombe par terre, comme papa la ramasse.

Papa fait à manger. Papa est le meilleur cuisinier de pâtes et de steak de France. Papa a inventé la cuisson du steak, papa a inventé l'animal du steak, qui est tout comme la gentille vache dans le livre de Tchoupi, mais sauf qu'elle n'est pas vraiment gentille, et qu'elle naît déjà steak, et qu'on peut donc la cuisiner sans problème moral. Lorsque Kéké a faim, papa arrive avec l'assiette qui fume, il dit miam on va vraiment se régaler. Parfois papa lit beaucoup ses emails, il rafraîchit ses emails, il n'y en a pas de nouveau alors il les rafraîchit une troisième fois, et il fait à manger des légumes noirs. Alors papa se fait juge comme Saint Louis sous son arbre et décrète : les légumes c'est mal, ils ont tort, ils ont échoué l'épreuve de la cuisson, ils purgeront une peine de cent ans dans le sac poubelle.

Souvent, tel un créateur, papa construit des meubles suédois. Il les élève, majestueux dans l'espace, comme des cathédrales de contre-plaqué. Papa sait construire des meubles, il sait aussi construire des murs et des immeubles, mais il préfère les louer car ce n'est pas très intéressant. Impitoyable, papa démonte les meubles aussitôt construit car apparemment ils sont à l'envers, ou de traviole, alors papa emploie des mots interdits, boit des boissons interdites, puis recommence, mais peut-être que trop de boissons interdites n'aident pas à faire des meubles suédois droits, mais maman n'a qu'à s'occuper de ses affaires, car c'est papa le chef de la perceuse. Quand la semaine s'est écoulée et que le meuble suédois est enfin monté, papa s'accroupit et dit : "Regarde, papa va baptiser le meuble qu'il a fait avec ses mains, il va s'appeler Billy, ou Skvdodotrk. C'est papa qui l'a fait."

Pendant ce temps, les adolescents du dessus traitent leurs parents de connards. Papa profite un maximum de son bloc soviétique, avant son effondrement.

lundi 12 novembre 2007

Mon père, ce héros du camion poubelle

"Tu sais que Kéké est persuadé que tu travailles dans un camion poubelle ?"

Depuis quelques temps, mon fils Kéké s'interroge sur mes absences quotidiennes. Où vais-je donc, le matin, quand j'enfile mon gros blouson, quand je refuse le 8ème café que me propose (de force) E. en disant "Mais non il est à peine 11 heures 23 c'est pas être en retard ça ah tu les aimais plus ingrat". La réponse, énigmatique, est : "Papa part travailler". Énigmatique, la réponse le demeure, même pour moi qui n'ai pas deux ans.

Un matin, une fois disparu, alors que j'aurai pu, par exemple, jouer aux petites voitures toute la journée, Kéké a demandé : "papa parti camion poubelle ?". Nous avions d'abord cru que le Kéké prenait ces engins considérables pour des moyens de transport. En effet, à l'instar du métro, on s'y agrippe à la barrière pour se déplacer. Des gens très occupés les empruntent, pressés par des automobilistes hystériques, un peu comme papa en retard.

Nous lui avons expliqué : "Mais non, papa prend le métro, papa aime les transports en commun, le matin, car papa est humaniste et il aime l'enfer de la chaleur humaine".

Plus tard, un autre matin, il a précisé sa pensée : "papa parti travailler camion poubelle ?" Et là, nous avons compris.

Il pense que je suis éboueur. Contrairement au vieil oncle ou au beauf de mon enfance ("si tu travailles mal à l'école tu finiras éboueur !"), pour lui, c'est le plus beau métier du monde. C'est émouvant qu'il me l'attribue. C'est émouvant, ce raccourci, dans sa petite tête. C'est le métier de ceux qui ont un gros camion. Et moi, son père, je suis bien le genre de type admirable susceptible d'avoir un gros camion. A moins que cela ne soit le seul métier existant ; l'autre ne comptant pas - docteur - ces sadiques qui mettent des cuillères dans l'oreille et des bâtons de glace sans glace dans la bouche.

Si nous sommes dehors, le soir avant le repas, nous nous arrêtons sur le trottoir pour contempler leur travail diligent. Certains sont agacés qu'on les observe comme des personnages de Disneyland tandis qu'ils triment, d'autres au contraire s'en amusent et font des clins d'oeil rigolards à Kéké.

Un jour, un éboueur lui a fait un signe du pouce (ça roule !), de loin. Une autre fois, son collègue lui a adressé la parole : "Alors, ça va petit garçon ?", avec une grosse voix de basse, majestueux dans son uniforme vert, le froid sortant de sa bouche à l'instar d'un colosse à vapeur. Tandis que les voitures saturées d'imbéciles klaxonnaient, il s'est arrêté un instant pour lui désigner le puissant véhicule, et tout était dit... puis il a ajouté "A bientôt", un salut partant du front comme celui des marins, avant de poursuivre son chemin dans le tintamarre de la nuit. Kéké en est resté interdit, la bouche en O, puis il a répondu, confus d'admiration : "...gros camion ?!".

vendredi 9 novembre 2007

La valse des monstres

Dimanche, c'était journée squelette. Nous sommes allés nous balader au Jardin des Plantes, vaste esplanade jonchée de feuilles rouges, périphérique de joggers dont les pas saccadés font un paisible bruit de froissement sur le sol.

J'adore la ménagerie du Jardin des Plantes, on peut s'y promener tranquillement sans trop être dérangé par des animaux. Qu'il est bon de respirer l'air frais devant les cages vides, qu'il est doux de contempler l'architecture des volières désertes. Parfois, nous montrons à Kéké une bête : "Regarde ! Un pigeon ! Admire ! Un chien ! Quel spectacle fascinant ! Des fourmis !"

A chaque fois que nous y allons, nous nous délectons de quelques moments traditionnels. Nous visitons les Orang-Outangs, qui ont toujours cet attitude au delà du sinistre, cet air de jouer une représentation de "Phèdre Dévastée" au festival Off d'Avignon par le "Théâtre du Silence". Kéké regarde, fronce les sourcils devant ces êtres poilus qui nous dévisagent, et font des pipis délirants accrochés au plafond. En tant que geek incurable et débile, je ne manque jamais de désigner les pandas rouges, qui dans la grande cuvette les hébergeant aiment à s'entasser tous dans un même trou, pour faire des siestes molles, comme dans Cute Overload. A chaque fois, je précise que c'est d'eux que vient le terme "Firefox", tandis que ma compagne a déjà fui, me plaignant dans le vent de la traduction erronée, "Red Panda".

Mais ce dimanche là, E. avait une forte envie de squelette. Nous n'allâmes donc pas à la ménagerie, mais à la galerie d'Anatomie comparée. Là s'élève et parait marcher dans la même direction la foule jaunâtre des espèces, dans leur version décharnée. Tous dans le même sens, donc, comme une grande manifestation dans laquelle on semble revendiquer inlassablement : "Nous voudrions être immortel ! - Trop tard, répond Dieu, ce n'est pas négociable."

En tête du cortège, conduisant la cohorte du règne animal, savourant son triomphe debout sur un piédestal, et le doigt levé vers le dôme lumineux - l'Homme. Quelle adorable humilité ! C'est qui les maîtres du globe, hein ? Les patrons de la planète ? Bon, effectivement, c'est de bonne guerre : quand les loutres construiront leur propre musée des espèces, qu'elles n'hésitent pas à mettre tout devant, à l'entrée, un victorieux écorché de loutre.

Ainsi, nous avons visité et comparé. Kéké marchait à vive allure, slalomant entre les pièces ; je le suivais consciencieusement, de peur qu'il ne fasse tomber quelques dinosaures à l'instar de ses tours de cube. A ce rythme trépidant, les créatures se mélangèrent rapidement dans mon esprit. Début de mammouth et fin de loup, queue de pachyderme et visage de chat. Tous, dans ce gigantesque jeu de mikado, avaient le même regard obscur des têtes de crânes, cet air particulièrement sévère et froncé, l'oeil profond, les tempes vides, le visage maigre des morts à la retraite, avec des Ray-Ban.

Pourquoi les crânes me terrorisaient-ils tant quand j'étais petit ? C'est vrai, après tout, il s'agit juste de l'os de la tête. Depuis toujours, je me suis figuré les dentistes comme des Hamlet dont j'étais le crâne. Ils me sculptaient les os de la bouche, fredonnant des choses sur la vanité du monde, travaillant cette matière personnelle qui est l'une des mieux placées pour perdurer au delà des années post-moi. Mes dents me font peur, comme des êtres indépendants capables de me survivre. Comme si j'allais me retrouver derrière cette vitrine, là où subsiste, parmi tant de fossiles, l'échantillon d'un semblable, un homme, comme le tombeau du civil inconnu.

A la vue de quelques fameux spécimens, je me concentrais pour l'exercice : imaginer, derrière les carcasses ces êtres formidables qui avait foulé le sol. Les peupler de peau et de chair, leur prêter du mouvement, des muscles tendus, de la fièvre, du sang, de la faim, de la colère. Ça devait pétarader, quand le Tyrannosaure se pointait pour gueuler : "RANGE TA CHAMBRE NOM DE ZEUS" ! Dressé sur ces pattes, le lézard démesuré surgissait d'un passé aussi disparu que celui du paquet de cigarettes à dix francs.

Au fond du musée, comme chez un fantasque antiquaire, se cachaient quelques placards que je qualifiais de particulièrement gore. Tout d'abord, neuf squelettes de foetus, un pour chaque mois de la gestation. J'étais sidéré de constater à quel point l'homme ressemble tout de suite à l'homme, dès l'origine. Modèle réduit, homme de poche, silhouette miniature. Plus loin des animaux blancs, délavés, ouverts comme des coffres à secrets dévoilant le trésor de leurs organes. Enfin, le placard des monstres. Monstre en Y, aux corps dotés de deux têtes, monstres en λ (lambda), deux corps se terminant en un seul visage. Chats siamois, mélange de canards, animaux fusionnés comme autant d'expériences ratés d'un divin savant fou ; bêtes cyclopes, chats, rats, à l'oeil formolé, figés dans une expression d'erreur au centre d'un bocal.

Pendant ce temps, Kéké admirait une baleine majestueuse, et ne voulait plus la quitter. Bon sang, Pinocchio, dans le corps de son cétacé avait plus de place que chez nous !

...Pourtant, qui n'a serré dans ses bras un squelette,
Et qui ne s'est nourri des choses du tombeau ?
Qu'importe le parfum, l'habit ou la toilette ?
Qui fait le dégoûté montre qu'il se croit beau.

Danse macabre


Edit : La valse des monstres, en musique.

mercredi 7 novembre 2007

Bloguons moins, bloguons rien

J'ai débuté ce mois de Novembre avec une consigne envoyée par les instances dirigeantes de mon surmoi : faire moins, faire bien. J'avais l'espoir de concentrer toutes mes forces sur quelques billets bien sentis, du style "la vérité sur la Relativité d'Einstein", "dix solutions pour éradiquer le chômage", "Vaincre la mort avec des haricots verts", "Proust expliqué aux animaux", etc.

Mais penser que la somme des petits efforts consacrés à écrire des petits articles peut produire, répartis également sur moins d'articles, des... bref, et ben c'est de la théorie. En fait, moins je blogue, moins je blogue.

Et plus je blogue, plus je blogue. (vlan, 100 lecteurs en moins).

(comme si j'avais 100 lecteurs).

Je signale donc au passage la reprise d'un de mes articles dans le blog collaboratif "Equilibre précaire". Pour l'anecdote, une fois le billet terminé, j'avais caressé l'idée de l'envoyer à Eric Mainville, mais une pudeur de jeune vierge passionnée d'équitation m'avait embrumé l'idée, jusqu'à ce qu'Eric fasse le premier pas ; le vaillant hussard.

A part ça, mon fiston kéké fait le festival du vomi, festival on et off compris, avec représentations nocturnes et supplémentaires le dimanche ; Bertrand Delanoë serait fier de mes nuits blanches et de mes Paris-Plage-de-Gerbe. Je suis fatigué comme une carte bancaire Electron en fin de mois. Mes articles à venir moisissent dans mes brouillons, il me faudrait vraiment au moins un Sarkozy pour les sortir de la triste captivité qu'est l'inachèvement.

A part ça, bonne nouvelle, j'ai gagné un cheeseburger gratuit au MacDonald.

lundi 5 novembre 2007

Ce soir, on allume les bougies

Je ne comptais vraiment pas faire de billet aujourd'hui, me drapant dans le silence majestueux du flemmard triomphant.

Mais bon, que vois-je à midi, dans mon journal gratuit daubique favori ? Ce soir, sur Arte, c'est Barry Lyndon. C'est quand même un petit peu mon film favori, alors il faut que je me secoue les puces, un gateau Monoprix dans la bouche, pour y aller de mon exhortation : regardez ce film, pour l'amour du Nutella.

Ne le ratez pas, dis-je : il a quand même été élu par les plus grands spécialistes des films de Barry Lyndon (moi) comme le plus grand film de tous les temps immémoriaux de l'univers.

Dans l'article de 3 lignes du journal gratuit, on lit bien sûr l'inévitable anecdote sur l'éclairage aux bougies : Stanley Kubrick aurait utilisé des super caméras de la NASA pour saisir des scènes sans aucun éclairage autre que d'innombrables chandelles, comme dans le vrai XVIIIème siècle. C'est vrai que visuellement c'est du caviar de baleine, visages pales et poudrés, mouches sur la joue, clair-obscur surtout obscur. Je l'ai vu au cinéma, moi, je n'en ai pas mangé pendant deux mois. Après ça, les autres films d'époque font vraiment sketch des inconnus ("Les liaisons vachement dangereuses").

Une autre anecdote qui me plaît bien concerne l'acteur principal, Ryan O'Neal. Kubrick voulait un acteur populaire pour camper Barry, un type un peu gentillet, un peu lisse, qui ferait contraste avec ce personnage de salopard arriviste calculateur joueur escroc. Le protagoniste de "Love Story" semblait tout désigné pour être le figurant principal du cirque Kubrickien, mais à la toute fin, il n'a pas du tout apprécié le résultat, et a fait un esclandre dans la presse. On le comprends : sur le papier, on pouvait s'attendre à un film d'aventure trépidant, cape-et-des-pets, à travers toute l'Europe sous plusieurs uniformes à la Indiana Jones libertin.

free music
Au lieu de ça, rythme solennel, précieux, lent, hiératique ; cadrage grand-angle imposant et glacial ; une oeuvre que l'on pourrait certes prendre pour un froid exercice de style. Mais non. Et puis vous n'êtes pas comme ça. On est chez Kubrick, et autour des artifices, des riches architectures, il y a le vide sidéral. Il y a la grandeur et la décadence de toute humaine entreprise, la soif de puissance, la profusion et le néant, la fugacité du temps, bref la vanité de toute chose, et ça, c'est de la balle.

vendredi 2 novembre 2007

L'impayable monsieur le chef

Sarkozy ; il est vraiment impayable ce gars-là. Enfin, façon de parler. C'est mon héros. Je l'aime. J'ai toujours aimé Sarkozy, je l'ai toujours défendu. Toi qui m'accuse d'être un sarkozyste de la dernière heure, de profiter de cette vague opportune de bonheur, de ce choc de confiance ; non, je suis sarkozyste depuis tout petit, depuis avant ma naissance. J'ai été conçu dans un lit sarkozyste, il y avait un bruit sarkozyste de montre tandis que j'étais fécondé (bling-bling-bling-bling-bling). Avec Balladur, ils faisaient vraiment un super duo, j'ai d'ailleurs des T-Shirts "Sarkodur, Ballazy, allez-y". Quand ils allaient dans le métro, c'était "chaud"...

Alors moi je suis content. Je vais taper sur le verre Duralex de la cantine. Je veux du rabiot. Ca me gratte tellement de trop l'aimer, je vais finir par vraiment l'adorer. Que faire ; téléphoner à qui ; pour lui dire quoi ?

Quel gag entreprendre ? Je crois que je vais adhérer à l'UMP. Avec Jonnhy on chanterait à tue-tête : "On vous met l'Hortefeux"... "Sarkzoy, tu l'aimes ou tu le quittes..."

Le tonton, il m'a flingué. Alors, tout d'abord, messieurs les français, les champions des sondages de l'amour, les rois de la baguette, les cadors de la braguette, les numéros un des droits de l'homme, les inventeurs de la Culture, les hérauts de l'exception, bravo. C'est sûr que ça donne des idées, vilipender pendant des années Georges double-vé Bush, "Berlusconi l'entrepreneur avec des pouffes qui a assassiné la culture italienne heureusement qu'on est en France et que notre culture et ben elle est pas assassinée hein parce qu'on est les plus malins hein".

Nous, en France, c'est quand même autre chose. Nous, c'est la classe. On n'est pas des italiens, avec leurs petites chaussures pointues, ou des amerloques avec leurs satanés présidents fans de jogging. Nous c'est la classe. Le feutré. La mesure. Le classicisme. Place Vendôme. Palace le Ritz. Bibliothèque François Mitran. Jean-Luc Truffaut. François Godard. Comme dans la chanson de Gainsbourg : "Grand seigneur, dix sacs au chasseur" ! Allez, faisons-nous plaisir, en intégral, comme un nu :

Ah baiser la main d'une femme du monde,
Et m'écorcher les lèvres à ses diamants,
Et puis dans la jaguar, brûler son léopard,
Avec une cigarette anglaise,
Et s'envoyer des dry, au Gordon et des Pimm's,
Number one avant que de filer chez Maxim's.
Grand seigneur, dix sacs au chasseur,
Enfin poser, ma pelle échauffée, ma gamelle."


Le type force le respect. Le mec, il est malin. Au comptoir : ah mais c'est un scandale nous les pauvres et lui. Ah mais il s'embête pas c'est la révolution c'est la guerre civile non mais si j'avais pas mon verre de blanc pour me calmer je te dis pas le foin que je ferais la raclée que je leur mettrais moi aux riches aux pauvres aux gars fonctionnaires de la SNCF aux professeurs des écoles avec leur deux mois de vacances ouais mais les gamins ya plus de respect c'est la pagaille c'est la fin du monde. Mais quand même. Tu en connais toi des gars qui font fois deux de leur salaire comme ça ? Silence dans les rangs. Il a débloqué l'oseille. Touché le grisbi. Capté le pognon. Tâte la maille. Il a fait rouler les ronds.

Silence. Il a réussi, lui. Nous on est que des fieffés jaloux, des aigris, des frustrés, des salauds de pauvres, on dit des "malgré que".

Et pi t'as vu sa maîtresse ? Il s'embête pas le coquin. Rires. Silence. Ah ça c'est sûr et pi y s'embête pas le coquin... Ouais il est malin quand même. Faire fois deux de son salaire, dégoter une petite poulette, tranquille. Ouais c'est pour çà que c'est le président, hein, et pas nous. Respect. Bravo, chef. Oui, chef. D'accord chef. Tout de suite chef. Cinq ans, chef. Dix ans, chef. Et moi, je pouffe.

Bonne fête les vivants !

Ce matin, le métro tombe en panne, je sors de la rame station Havre-Caumartin, tandis que les gens improvisent un César d'humains dans le wagon ; je décide de terminer le trajet à pied.

En sortant, je me prends l'air froid sur le visage, comme une tape amicale. C'est marrant, en général, l'air froid met de mauvaise humeur, fatigue, abat, décourage ; pourtant parfois, dans un souvenir de Noël ou un moment de classe de neige, son contact peut être heureux comme une vive caresse. Dans le boulevard presque désert d'un jour de pont, une japonaise isolée compulse son guide, un sourire d'enfant figé au visage, devant le dôme vert du "Printemps". Puis elle se met à courir à toute allure, sans doute décidée à ne manquer aucune miette de sa longue journée. Elle finira vannée, ce soir, c'est certain. Elle s'endormira à vingt heures, dans sa chambre d'hôtel, terrassée de courbatures, les yeux fatigués des lumières sur la pierre grise parisienne, un bob sur la tête. Cette scène me met en joie, je sifflote.

Je vous ajoute un lien vers quelqu'un de proche, cela mérite le détour, il me semble. Faites lui un petit clin d'oeil de ma part. Bonne fête les vivants !.