lundi 8 octobre 2007

Amnésie infantile

Je me suis fixé une contrainte redoutable, banane que je suis, avec ce projet de 33 billets pour le mois d'octobre, idée qui a par la suite évolué en "33 billets minimum, un par année, en plus de mes histoires de carte orange démagnétisée et de carte champion".

L'idée est surtout redoutable quand, comme par exemple aujourd'hui, on a une flemme à défoncer des lits dans des magasins IKEA.

Chaque matin, E. doit me réveiller au défibrillateur. Elle me réanime pour que j'aille bosser, je dis : "Non pitié, fatigué, je veux retourner dans le ventre de maman, pas travailler." Kéké se pointe alors très tôt, avec sa furieuse envie de jouer aux petites voitures, de rouler sur son camion, de manger quatre mille gâteaux, de se cacher dans les recoins. Il trouve deux zombies inréveillables, que même un Frankeinstein aurait reniés, jetant l'éponge avec ses câbles électriques à rendre les vie.

E. a lu dans un bouquin (dans la série "Être un parent parfait aujourd'hui"), un terme qui m'a laissé songeur, et qui résonne avec mes bavardages sur ma prime jeunesse : l'amnésie Infantile. Ceci ressemble à une maladie attrapée au pays des limbes, zone où l'on n'existe pas encore et où il ne fait pas bon transhumer sans vaccin.

C'est le processus qui fait que chacun oublie ses souvenirs avant deux ou trois ans. Grâce à Google, j'apprends des tas de choses sur ce terme : sombre histoire de sexe refoulé, parait-il, selon les dires d'un médecin autrichien amateur de cigare. Modification des lombes, non, des lobes (comme au tennis ?), frontals... non frontaux, foutu moi, rah j'ai déjà oublié. Amnésie infantile des adultes.

C'est vertigineux quand on y pense, surtout lorsqu'on a chez soi un fiston de bientôt deux ans. Pour mon fiston, je suis une sorte de TOUT TOTAL, une statue de commandeur, je suis son ami, son héros, son sauveur ; je le protège des caniches chapardeurs de biscuits, je suis le seul autorisé à entrer dans sa cabane, je suis celui qui doit faire la grosse voix lorsqu'il balance du riz par terre. Je suis celui sur lequel il s'est endormi, s'agrippant à moi toute une soirée, un soir de terreur jamais expliquée.

Quand je rentre du travail, je le découvre, le sourire éblouissant. La journée fatiguante renaît de ses cendres, orgie de gros camions, stakhanovisme de petites voitures. Que de souvenirs j'aurai ! Mais lui ? Satané psychiatre qui a effacé la mémoire de mon enfant !

L'amnésie infantile. Votre mémoire a été démagnétisée par le grand aimant de la vie. Comme ma carte orange. Formatage, remise à zéro, le gazon de l'enfance est tondu, la blondeur des cheveux est perdue, la rondeur du ventre s'est enfui, les fruits originels sont changés en compote, le fromage de l'innoncence a dégouliné et pue dans le frigo de l'existence.

Et tout ceci, cirque de couleurs tapageuses, villes de cabanes, tendres batailles, qui tombera dans l'oblivieuse onde ? Mais non, voyons. Impossible.

4 commentaires:

  1. Hélas, quelqu'en soit la cause... le fait est là.
    Tu te souviens toi de tout ces moments?...
    "Oblivieuse onde..." c'est beau.

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  2. Non, je ne me souviens de rien, franchement.

    Je reconstitue par des photos, et des souvenirs plus récents, extrapolés.

    ==> oui c'est beau oblivieuse onde, c'est Etienne Jodelle, un contemporain de Du Bellay et Ronsard, mais qui a eu une vie de scoumoune pas possible, avec une renommée moindre, en plus ! Le genre de poète looser tout à fait attachant...

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  3. il a bien de la chance keke d'avoir un père aussi tendre et avec un tel humour !

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  4. Alors ça, edgar, c'est vraiment très gentil !

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