vendredi 19 octobre 2007

Quand la ville pue

Je suis venu à pieds hier. Le mauvais goût de la ville dans la bouche, jus de voitures, camions, scooters. Rue Caulaincourt, tiens, le magazin-bazar où j'achetais mes vieux sacs à aspirateur a été remplacé par une agence immobilière. Encore un. C'est vraiment "Immobilier Parc" cette rue. Il y a aura bientôt des agences spécialisées dans la vente de locaux pour agences immobilières.

Sur le pont qui enjambe le cimetière de Montmartre, le contraste est comique entre la foule des piétons pressés qui se bousculent, et les voisins gisants, dans leur coffre de pierre, bien moins agités. J'aime bien cette "vanité" urbaine, le pont, la brasserie, le sex-shop, le cimetière tout autour. Place de Clichy, cinéma, un vidéo club aussi grand que le cinéma, puis la rue d'Amsterdam, qui est un oesophage mécanique dans lequel je dévale doucement comme une nouille.

La Gare Saint-Lazare, son dôme alvéolaire, ses horloges. Les parcmètres, leurs horloges digitales.

Les vélibistes s'amassent autour des bornes toutes occupées, comme des mouettes engluées dans leur retard.

Ce matin, je tente le métro entre Gare du Nord et Gare de l'Est, j'envisage de porter plainte contre Dieu pour avoir créé tous ces gens. Je ne sais pas quel était son plan, mais pourquoi ne pas avoir mis au point une sorte de mini-monde avec 100 ou 150 personnes, tout au plus ? Un univers du style série télévisée, des personnes toutes riches, belles, évoluant dans des grands lofts, souffrants de problèmes de coeur, de doutes sur leur fidélité, de luttes contre soi-même pour arriver à faire six tours de stades, des dilemmes culinaires (pizza au fromage ou pizza reine) ?

A un moment, le Créateur a du bloquer sur son trip "fourmi", il a du se dire, tel un collectionneur monomaniaque, "Ah oui, c'est bien quand il y a de la quantité, tiens, je vais créer des tout petits villages, des toutes petites villes, des tout petits appartements, avec plein-plein-plein de gens ! Ah ça en a de la gueule, la gare Saint Lazare, avec cette exagération ce monde compacté comme un César, comme des plumes dans le gros coussin sur lequel je repose ma tête !"

La grève tombe au moment où l'on doit sortir le Nouveau Site. Un collègue dit à un autre : "Rahh y en a marre des grévistes ! ", puis il tente d'organiser des lynchages de syndicalistes, cherche des cordes, des arbres, des volontaires. L'autre collègue, impassible, répond doucement qu'il n'est pas d'accord. "La grève reste un moyen pour lutter". Le premier le regarde stupéfait, abasourdi, scié. Il aurait pu tout aussi bien dire : "Non, je ne vais pas avec vous voir des strip-teases au Crazy Horse car je suis pédophile", l'effet aurait été le même.

Mon chef est d'une humeur de Pitbull dans un jardin d'enfants, il cherche les démarches administratives à effectuer pour entamer une formation de tueur en série. Si je ne poste aucun message d'ici une semaine, merci de vous inquiéter, je ne veux pas finir comme Pierre Boulin.

4 commentaires:

  1. La grève, un moment où ensemble tout devient possible...

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  2. Sympa, le recyclage du slogan sarkozien !

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  3. bien vu et bien écrit Mr balmeyer!
    J'aime beaucoup la façon dont tu parles de la confrontation des points de vue des collègues, et de la reconversion administrative du boss ! Très drôle.
    à bientôt

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  4. Merci mr SuperOlive, ça me donne la pêche tiens ! :)

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