lundi 31 décembre 2007

Nightclubbing, vie nocturne

Et maintenant une page de publicité.

Je suis parti prenante, ayant investi la moitié de ma fortune, c'est à dire quatre milliards de dollars, dans ce projet fou : publier un blog.

En fait, il s'agit simplement d'une petite expérience, diffuser un recueil, avant sa sortie sur papier, dans un blog. On y trouvera des illustrations accompagnées de textes brefs. Les illustrations sont des gravures sur linoléum. Est-ce que cette technique brute et sensuelle va passer sur un écran d'ordinateur ? Nous verrons bien.

Si cette lecture vous intéresse, je vous suggère d'ajouter momentanément dans vos favoris et autres netvibes ce blog qui durera un mois de janvier 2008. Ça va être, bref et furtif. Les auteurs diront ce qu'il en ressortira.

Les gravures sont signées Cindy Cookie, les textes Jean Valstar.

C'est ici : http://nclubbing.blogspot.com

Ce billet a été sponsorisé par moi.

Renaissons de nos cendres : la plus grosse ?

En cette période de fin d'année où entre collègues blogueurs on s'amuse à sortir des listes, des statistiques, des liens, nous avons encore une fois constaté en discutant avec Gaël et Nicolas qu'il s'agissait définitivement d'un truc de mecs.

Ceci et une conclusion objective et quasi scientifique, fruit d'une longue observation du grand Internet de la part de vaillants spécialistes. C'est toujours le même cirque. Alors qu'on cause tranquillement de trucs absolument passionnants, genre technorati, "authority", ping, twitter, accoudé au comptoir de notre clavier, devisant l'air sérieux comme des colonels, on entend derrière l'épaule, dans des commentaires, des gloussements incisifs sur le refrain : "héhé, hinhin, qui a la plus grosse ?".

Il ne faudrait pas abuser. C'est quand même nous qui nous battons pour la patrie, tandis que ces féroces soldats viennent mugir jusque dans nos bras pour égorger tout le monde, filles, compagnes, et là, allez tenir des blogs de filles, la tête égorgée. Alors ça donne bien des droits.

Bon, pas besoin de me justifier, mais il faut quand même faiblir à un vice bien pire : le bavardage.

Faire une bonne grosse liste de liens sur son blog, ou une petitoune, a plusieurs vertus.

Il n'y a pas de définition arrêté du "blog", mais je dirais quand même que lire et écrire, découvrir et passer le relais est un basique, une sorte de slip du blogueur. Moi par exemple, dans le souci de construire une ambiance, d'avoir une cohérence quand le sujet est intime, personnel, je ne mets pas de liens. C'est ballot. Autre explication moins avouable, je mets peu de liens vers les autres car je doute en écrivant, et j'ai bêtement peur que le lecteur se déconcentre en papillonnant à droite à gauche. C'est ballot au carré. Ne soyez pas sévère, vous voyez bien que je me mets tout nu, là. Et je regrette alors de ne pas assez ouvrir de portes vers les autres, d'autant que les autres ne sont parfois pas avares d'en ouvrir.

Mettre des liens, c'est un peu nous faire vivre. C'est la respiration des blogs. Nous ne sommes pas grand chose individuellement, et aérer un peu notre chambre, faire passer l'air vers d'autres horizons, ça fait vivre notre grand corps blogosphérique (je suis lyrique, pourtant je ne suis pas ivre).

D'un point de vue plus technique, mettre des liens a du bon, sur le référencement par exemple. Ceci augmente dans les moteurs de recherche divers (google, technorati, wikio, etc.) la présence de vos amis blogueurs.

Moi personnellement, je m'en fous. Certes, ça m'intéresse de comprendre comment ceci marche, car je travaille dans ce domaine, mais pour mon "chez moi", ce n'est pas le propos. Je suis plutôt à la recherche d'un petit nombre de lecteurs. Ce n'est pas que je suis un saint, ni un sain, ni un sein, ni un cinq (mais con oui un peu), mais le ton de mon blog ne se prête pas à la circulation de masse. Ça serait dommage, au bas de mes articles sur kéké, d'avoir des trolls abrutis me mettant des spams, des bêtises, des pubs, des "toi t tro kon". Je suis prudent. J'aime être lu, j'aime les compliments, mais j'aime aussi la douce et cordiale intimité d'un trafic à visage humain. Comme l'a démontré Jegoun, avoir 7000 visiteurs sur une nageuse nue, ça n'a pas de sens. Gagner un lecteur en plus par semaine, parce qu'il a entendu parler de vous chez untel qui lui même, etc., voilà le bonheur, le panard, l'orgasme, la récompense.

Mais... si personnellement je m'en fous, je trouve qu'il est important que mes collègues qui tiennent souvent des blogs engagés bénéficient d'un peu de ce carburant, car techniquement même un blog microscopique ajoute sa pierre à l'édifice. Moi je ne fais pas de politique, car je suis maladroit avec ce gros pistolet, mais il est bon que mes collègues blogueurs, ces vaillants pistoleros du verbe, ces bateleurs comiques et vigilants le fasse bien en mon nom.

samedi 29 décembre 2007

DIURNE #1

Voilà, kéké est de nouveau mon ami. Il vient se frotter le crâne contre mon crâne en disant : "mon petit papa !". Il m'attrape l'index pour m'entraîner sur l'autoroute du canapé, à faire rouler ses voitures. Il se retourne pour vérifier si je le suis ! C'est bon, il trottine, lui devant, moi derrière.

Comme Jérôme Boche me l'a raconté, ce sont des choses qui arrivent : un soir, il allait chercher sa fille à l'école, elle a hurlé devant tout le monde, les parents, les maîtresses : "ah non ! Pas toi ! Pas papa !" Kéké m'a fait le même coup chez la nounou. Il voulait sa mère, il s'est roulé par terre, criant : "non pas papa ! pars ! petite maman ! petite maman ! "Gêné devant la nounou, j'ai fini par dire au bout de dix minutes : "ben, je vais l'habiller de force, sinon on pourra jamais partir." Et tandis que je l'emballais dans sa doudounne, il gémissait : "non ! a peur ! a peur kéké !" La raclure d'enfant... Comme si je le maltraitais. J'articulais alors : mais-pourquoi-as-tu-peur-mon-fils, histoire de signifier que j'étais très décontracté avec ça.

C'est qu'il a été malade, le pauvre. Il voulait sa maman ! Il répétait nos mots : "petite glu veut sa maman !" Et moi, juste bon à descendre les poubelles, à grommeler à table "de toute façon personne ne m'aime", à ruminer ma rancune, morose, lugubre, comme un romantique sur la falaise de mon balcon, devant une mer de voitures.

Mais le 25 au soir, il était guéri. J'ai été réhabilité. J'ai fait mon come-back. Alors j'en profite. Je le place à l'autre bout de la pièce et je dis : "cours vite dans mes bras !" Et on recommence. On se frotte le crâne. Je lui ai appris à toper. Je lui dis : "tape m'en cinq ! " C'est bon, ça.

Nocturne #1

Mon chat, avec ta tête de Don Quichotte, hanté par la faim.

Mon chat, grosse créature au visage maigre, regard dément de la bête perdue dans sa quête sans fin pour ses croquettes. Tu vis entre peu de murs, tu ne connaîtras pas autre chose, ni Java, ni Sumatra, ni Honolulu, ni Teotihuacan, la Cité des Dieux, ni même Nogent-sur-Marne, non, juste la rumeur inextinguible du boulevard Barbès, au loin.

Mon chat, ta grosse tête de Don Quichotte absurde, ton errance sans répit sur les lattes du plancher, à la recherche de la croquette idéale comme le sculpteur ivre de beauté. Tu n'es pas un privilégié, mon chat. Moi j'écoute de la bonne musique, toi tu écoute de la musique minable de chat. Moi je mange de la bonne viande fraîche, en me tapant le ventre, toi tu manges des yeux de brebis, dans tes croquettes, en te grattant l'oreille. Moi je me déplace, souple, libre, j'arpente les métros, je tâte du boulevard, toi tu as ta carte orange du canapé, trajet immobile, terminus sommeil. Moi je vis longtemps, et je meurs triomphant, dans un lit entouré par mes dix enfants, et toi tu meurs castré, prés de ta gamelle.

Dieu ne t'as pas réservé de paradis pour les chats, avec son océan de croquettes, sa litière toujours propre, sa résurrection tranquille, non, pour toi, il n'y a que le canapé du néant, et la litière du vide, l'équarrissage et la fin du monde. Avec ta tête maigre de Don Quichotte. Pas de bol. Mon ombre d'appartement. Mon fantôme soyeux, spectre orange de poils. Figurant de nos vies.

Ce soir, je m'assois avec toi, dans la cuisine, parmi tes croquettes et ta caisse. Tu as décoré ta litière de crottes noires, comme un sapin de Noël puant. Je m'assois à côté de toi, c'est ça l'effet étrange d'une soirée arrosée entre amis. Tu me regardes avec surprise. Je te murmure : brave chat ! C'est ça d'avoir dégusté quarante cinq verres de vin. Je t'explique l'ordre du monde. Compagnon hébété, nous serons égaux dans le néant, tête à claque, tronche de Don Quichotte avec tes yeux énormes. Je te serre dans mes bras, tu ronronnes, tu es bien, tu me regardes, tes yeux noirs ouverts, inconsolable mais consolé ; tu es content. Le néant ! Doux endroit, peuplé de mélancoliques animaux de compagnie.

vendredi 28 décembre 2007

Renaissons de nos cendres : sources de visite


A l'instar de Nicolas, je glisse une petite liste des blogs qui m'ont insufflé de la vie. Merci, lecteurs ! Merci blogueurs ! Sans vous, je ne serais rien. Enfin, si, je passerais plus de temps à lire des chefs-d'oeuvres de la littérature au lieu de twitter.

Voici mes sources, hors netvibes, moteurs de recherches et twitterotrucs :

1ashotherway.free.fr225
2gueuledeloup.com185
3menageredemoinsde50ans.com176
4frisaplat.canalblog.com171
5irenedelse.com156
6delasexualitedesaraignees.blogspot.com142
7jegpol.blogspot.com133
8crisedanslesmedias.hautetfort.com102
9intraordinaire.com102
10equilibreprecaire.wordpress.com62
11pallasathenee.blogspot.com62
12champignac.hautetfort.com61
13taha.fr61
14beatus.vir.over-blog.com55
15madamepatate.canalblog.com54
16volasi.net51
17embruns.net50
18presse-citron.net47
19oliviermermet.com46
20criticusleblog.blogspot.com42
21dinersroom.free.fr36
22police.etc.over-blog.net34
23vivelesblogueurs.hautetfort.com34
24jegper.blogspot.com33
25bibzdidine.free.fr32
26finis-africae.net32
27lesfemmesendisent.blogs-handicap.com31
28lalettrevolee.net30
29estheretpasse.hautetfort.com29
30detoutetderiensurtoutderiendailleurs.blogspot.com28
31fanette316.blogspot.com28
32vertisbeautiful.canalblog.com26


Qu'ils reçoivent en retour leur poids en bisous numériques.

Renaissons de nos cendres : pages les plus vues

Pour conclure cette année 2007, la première de ce blog né en avril, je vais faire deux ou trois billets récapitulatifs, prendre du recul, comme disent les hommes politiques battus aux élections. Je vais faire de la nanalyse, regarder dans le vaste passé ce qui s'est passé. Je ferai un peu plus tard un petit "historique" de comment ça s'est passé, ce blog, de comment ça a démarré. Ce n'est pas absolument intéressant, mais ça m'amuse, et puis tout le monde est parti en vacances.

Et après le passé, on pourra passer à autre chose. Je n'aime pas les répétitions, mais je suis fou dans ma tête ce soir, ohé ohé.

Ça faisait un moment que je n'avais pas regardé en profondeur mes "statistiques". Au début de ce blog, en avril, en mai, en juin, j'adorais regarder mes statistiques : 5 lecteurs ! C'est formidable ! Je suis z'influent ! Si on enlève mon épouse, Nathalys, Kéké (2 ans), ça fait quand même 2 inconnus que je ne connais pas et dont j'ignore l'identité ! Youpi ! Et puis après, j'ai eu plus de monde, porté par les vents et les marées de blogueurs m'ayant pris sous leurs ailes déployées comme des poules de l'apocalypse j'ajoute des mots juste pour ajouter des liens (mais j'en oublie sans doute).

Tout d'abord, voici la liste des onze pages les plus vues de ce blog, hormis bien sûr la page d'accueil. Je le découvre presque en même temps que vous (un peu avant, quand même, sinon c'est vous qui écrivez l'article, et moi qui le lis, ça n'a aucun sens).

1. http://balmeyer.blogspot.com/html?blogID=8861374609918019882
C'est la "Page introuvable" du blog. Ah ben ça commence bien...

2. Paroles de Stars (1) : J'aime me mettre en danger
La première fois que j'ai eu un article en lien chez un autre blog. C'était ici, je m'en souviens, un quatorze juillet. Jacques Chirac a fait un feu d'artifice pour fêter ça.

3. Entracte : le caleçon noir
Inexplicable. J'aurais du parler de LM nu, dans cette sombre historie de piscine : à l'heure qu'il est, je serais le roi du pétrole.

4. Mathieu Vaidis de retour sur YouTube... sic transit gloria mundi
Un sous-article dont l'intérêt se détecte difficilement au microscope atomique, mais ça a dû être les mots-clefs du moment. C'était en août, j'avais le droit.

5. Demain, j'enlève le bas.
Un non-article, pour le concours de mry des blogueurs à poil.

6. Mon père, ce héros du camion poubelle.
Je vends des calendriers camions-poubelles, au fait. Avec moi dedans, nu dans la benne.

7. Le gâteau au chocolat
Je vends des calendriers gâteau au chocolat, au fait. Avec moi dedans, nu dans le chocolat.

8. Curriculum-Vitae, vie encerclée
Un article repris sur "Equilibre Précaire".

9. Boys and girls of every age...
Bon, ben des mots en anglais ça aide...

10. Entracte : le caleçon noir. Tiens ? Un doublon ? Je vends des caleçons noirs, au fait, avec moi nu dedans.

11. Manger de la lumière
Je vends de la lum... bon on a compris.

Conclusion hâtive : les gens voient beaucoup de pages invisibles. They see dead pages.

jeudi 27 décembre 2007

Vive le vent

Un rêve : un orchestre, des musiciens, des pupitres. Les gens sont décontractés, ils sont en jean, en basket, derrière de belles et grandes partitions ; c'est une répétition. La chef d'orchestre, sympathique mais sévère, fait un discours de présentation. Elle ressemble à la soeur de Lionel Jospin. Celle qui a les cheveux frisés en l'air, et l'air sévère de Lionel Jospin.

Nous allons jouer un grand morceau, c'est de la musique savante. Je suis derrière mon pupitre, avec ma clarinette. Sauf que je ne sais pas jouer de la clarinette. J'en ai fait un peu, il y a sept ans, pendant trois mois. Je faisais un peu la gamme de DO, je ne sais pas si ça va suffire ce soir là, me dis-je en examinant la partition délirante. Plus tard, j'ai changé, je fais de la contrebasse. Là, c'est bon, je sais en faire. La chef d'orchestre veut présenter cet instrument à l'assemblée, elle me demande de venir jouer quelque chose sur l'estrade. J'arrive avec l'instrument massif, mais à la place des cordes, il y a un enchevêtrement de fils de fer, emmêlés comme des cheveux. J'essaye de dénouer tout çà, je n'y arrive pas, tout produit des sons très idiots.

***

C'est une petite reprise, après quatre jours de marathon de Noël. Il faudrait des vacances pour se reposer des vacances.

samedi 22 décembre 2007

Le grand sinistre : la plage

C'est l'été, on m'emmène à la plage. Je n'aime pas l'été. Je n'aime pas la plage. Elle s'étale devant nous, la plage, comme un grand champs de blé ukrainien. La récolte est bonne, des tas d'abrutis ont poussé ; on a semé une multitude de mégots dorés la saison d'avant, et des tas de gens dorés ont surgi des dunes. Il faudrait une moissoneuse-batteuse, pour en faire des mottes. Je n'aime pas les gens.

On longe le parking. Je n'aime pas les parkings. On y met des grosses voitures confortables comme des barbecues. On se tourne vers moi, l'air joyeux : regarde ! C'est la mer ! Je n'aime pas la mer. Je n'aime pas la joie. Je suis le grand sinistre.

J'ai des chaussures de ville, en cuir, qui claquent sur le goudron du parking en fusion. Oh, tu aurais pu mettre des tongues, c'est la plage, on est décontracté. Des tongues, et puis quoi encore ? Regarde, de quoi tu as l'air avec tes chaussures, ta chemise à manche longue, en plein mois d'août, ton pantalon long en plein mois d'août. Et alors ? Je n'aime pas le plein mois d'août, ni le vide mois d'août. J'aime novembre, la mer du Nord. Je ne connais pas la mer du Nord, mais j'imagine que ça doit me convenir. Des gens en chemise noire, en pantalon, en train de regarder l'écume glaciale s'abîmer sur les falaises sinistres, Germinal de Zola à la main, une eau tellement froide qu'il y nage des poissons déjà panés.

Je m'assois sur la plage, du bout des fesses, dans le coin d'une serviette. Je n'enlève pas ma chemise noire. J'ai les jambes recroquevillés, je reste digne. Les gens s'étalent. Regarde, il y a des jeunes comme toi, qui s'amusent ! Je pousse un cri d'effroi, comme si on voulait me faire goûter de l'huile d'asticot. Je n'aime pas les jeunes. Ni les vieux. Je suis le grand sinistre.

Allez, enlève ta chemise noire, quitte tes chaussures, tu me fais honte, en plein mois d'août. Mets toi à l'aise. Non. Je n'aime pas la l'aise. Je ne vais tout de même pas me baigner ? Baigner comme un beignet ? Comme une saucisse dans la friteuse du monde ? Je sors Germinal de Zola, je le lis, avec une serviette sur la tête car je n'aime pas le soleil dément qui me bombarde. Ah. Les mines. Lantier. Souvarine. Les corons. J'aime.

Des gens jouent aux raquettes en rigolant bêtement, ils se lancent des balles. Certains la prennent dans la tête, ils rient bêtement. N'importe quoi. S'ils savaient. Des filles passent, dégingandées, regardent des garçons, gloussent. Ah ah, riez bien. Néant et destruction. La vanité et la mort. L'effroyable sablier qu'agite le spectre nocturne. Si elles savaient. Ah ah. Lantier, les mines, je suis le grand sinistre.

La propagande continue, interminable, je résiste. Le soleil me piétine comme si j'étais son paillasson, allez, enlève ta chemise noire, bon sang, va un peu te baigner. Allez, c'est l'été, amuse toi comme les autres. C'est ça, oui. Comme les autres. L'enfer, c'est moi à la plage.

Bon.

Je vais faire preuve de mansuétude. Grand seigneur. Je retrousse mes manches. Allez. Il faut contenter le peuple. Mes avant-bras livides comme des baguettes pas cuites luisent au soleil ; voilà, on est heureux, c'est Byzance, on respire. Je ne fais plus tâche, moi le dérangeur, je vais faire comme tout le monde, comme des moutons. L'abattoir du monde. Bon.

Bon. Le temps passe, le planète n'explose pas, à mon grand regret. J'enlève mon pantalon, je grogne. Mon maillot est trop étroit, comme d'habitude. Oh, mais tu crois que tu es le centre du monde, ou bien ? Personne ne te regarde, allez. Pff, ce n'est pas important. Toute cette comédie. Je m'en moque. Je fais bien ce que je veux. Les autres je m'en fous.

Oui, je suis en maillot, blanc comme une patate, blanc comme la blancheur de l'andouille. Et alors. Je n'aime pas l'été. Je me dresse, je me courbe, je m'avance vers cette immuable masse vigoureuse et bleue, qui murmure, inlassablement, telle un choeur antique.

Je rentre dans l'eau et j'avance, c'est froid. C'est bien. Je nage. J'ai passé la frontière. L'eau me mange comme un sucre blanc. L'eau saute à mon passage, comme ces petites sauterelles fluorescentes, que l'on dérange en marchant dans les prés. L'eau jaillit, comme une pluie de lumière, à l'envers, qui regagne le ciel. Je pars ! Je pars au loin ! Adieu ! Tel un Ulysse miniature ! A moi les voyages ! A moi les Odyssées ! A moi les sirènes, les sorcières, les rives enchanteresses, les repas de dorades, les peuplades inconnues dont je serai le Dieu exubérant et terrible ! Je parcours le monde en simple maillot de bain, nageant de port en port, croisant des paquebots, saluant les baleines, côtoyant les narvals ; je voyage, comme le chantre de la liberté, l'ambassadeur des poissons, le sauvage des coraux ! Je ris ! Je ris ! Je tape dans l'eau, je gesticule, je fais des bruits, je chante.

La nuit est presque tombée, on s'agite sur la plage déserte en m'attendant, remuant les bras. Allez, on rentre !

Non !

lundi 17 décembre 2007

Ne nous mélangeons pas

Il est 14h00, je choisis ce moment là pour arriver à la caisse du Monoprix. Je n'aime pas les gens. Il n'y a personne, j'optimise ma pause.

Devant moi, une dame pose sur le grand tapis roulant quatre yaourts et du détergent qui sent le citron. J'ai bien envie de lui faire remarquer que c'est étrange comme repas, et que le détergent donne des aigreurs d'estomac. Je ne dis rien, car je porte dans mon panier un sandwich en triangle, des petits pots, et quelques boites de pâté pour chat. Elle aurait beau jeu de me répondre "Et toi, trouduc, tu manges des pâtés pour chat ?" Et là j'aurais été bien embêté. Car l'esprit de répartie et moi, ça fait deux. J'aurais rétorqué onze heures plus tard, dans mon lit, la lumière éteinte : "hé, heu, toi même, espèce de patate..."

Un grand débat intérieur m'anime depuis ce matin, à propos de pâté pour chat. Il faut que je fasse "deux-trois" courses à midi. Outre mon sandwich en forme de triangle, je dois acheter des petits pots pour Kéké, et de la boite pour les chats. Je n'ai pas de monnaie, mais on peut payer certains produits alimentaires avec des tickets restaurants. Les boites pour chat en font-elles parti ? Que va penser la caissière si je propose de payer mes boites à chat avec des tickets restaurants ? J'ai un peu honte. Va-t-elle me prendre pour un détraqué ? Un pervers ? Un pédophile ? Pire, un pauvre ? Je cherche des solutions de secours. Tuer les chats ? J'en ai déjà parlé, mais mon épouse a émis quelques objections. Faire un hold-up ? Voilà qui peut régler quelques problèmes, mais collatéralement en générer d'autres.

La dame de devant a posé ses yaourts et son détergent sur le tapis roulant vide. J'arrive, et je place mes achats à quarante centimètres des siens. Là, dans un mouvement réflexe, une peur panique, comme poussée par un instinct de conservation, voire de survie, elle tend tous les muscles de son corps, s'empare du séparateur de clients, l'assène entre nos deux piles, d'un geste sec. Ouf. On a eu chaud.

Ne nous mélangeons pas.

Le risque est minime, il y avait quand même quarante centimètres entre nos deux tas, mais sait-on jamais. La caissière, voyant deux clients et deux piles séparées, aurait pu nous prêter une liaison secrète, mal interpréter ces signaux, et sceller dans une même facture nos destins parallèles. Un accident est si vite arrivé, nous aurions pu mélanger nos achats, et par là même, nos corps, ceci dans une sauvage étreinte animale au fond d'une cave de HLM.

Ne nous mélangeons pas.

Certaines légendes urbaines se racontent à la fontaine à eau ou à la machine à café, terrorisant les employés du secteur tertiaire pendant leur pause-déjeuner. On prétend qu'un innocent, un matin, ayant oublié le séparateur entre lui et les clients suivants a dû payer l'intégralité des courses pour cette caisse. Le pauvre homme était là, avec sa carte bancaire à la main, il implorait : "Mais j'ai terminé madame ! " et la caissière, impitoyable : "Et le séparateur de clients ? Vous ne l'avez pas mis, j'en conclus que les achats d'après sont aussi les vôtres... voilà, monsieur, ça fera un million d'euros."

On raconte aussi que dans certains quartiers chauds, sous d'autres latitudes, l'absence de séparateur de clients peut être interprétée comme d'explicites avances sexuelles. Il n'est pas rare de trouver dans certains endroits à Amsterdam, ou dans le 93, des femmes habillées en panthère, attendre innombrables à la caisse, avec du détergent sur le tapis automatique, tandis que des marins en sueur se frottent, excités par l'absence de séparateur de clients, véritable appel au stupre et à la fornication. La moindre négligence de ce genre, et vous vous retrouvez au lit avec un inconnu, susceptible d'inviter à son tour des amis afin d'avoir des relations sexuelles en collectivité, avec des objets en plastique roses et parfois même des chiens de combat. Il ne faut donc pas prendre de risque.

Ne nous mélangeons pas.

La dame s'en va, saine et sauve, c'est à mon tour. Pendant ce temps, une petite mamie dispose ses courses tout contre les miennes, en me faisant des petits clins d'oeil. Je mets le séparateur de clients, afin d'éviter toute ambiguïté. Ne nous mélangeons pas.

Le sandwich passe, les petits pots passent. La main de la caissière s'arrête sur les boites de pâté pour chat. Elle me regarde, avec mes petits papiers fluorescents dans la main, et fait : "J'encaisse d'abord les tickets restaurants, et ensuite vous payez les boites." Je réponds oui, c'est bien naturel. Je mets la main dans ma veste, embarrassé, je cherche une hypothétique pièce ; comme dans un conte de Noël, je la trouve.

Compagnon

mardi 11 décembre 2007

Loin quand même

Je me suis fait "taguer" par Dom au détour d'un billet très drôle sur les expressions qui font repérer illico votre matrice géographique.

J'explique, un peu pour ceux qui ne connaissent pas, mais surtout pour faire un gag idiot (je suis en liquidation totale de gags) : je ne me suis pas fait bomber le visage avec de la peinture en aérosol, non, j'ai juste reçu une sorte de "gage" pour faire un billet sur un même thème. C'est ça, un tag.

Les esprits chagrins aiment à dire que les tags c'est pour les blogueurs qui n'ont rien à dire, je leur répondrais d'une part et z'en premier lieu qu'il s'agit d'une contrainte très oulipienne, oui, et que la contrainte est génératrice de créativité, nous sommes comme "un rat qui construit lui-même le labyrinthe dont il se propose de sortir". J'ajouterais d'autre part z'et en second lieu, qu'ils aillent se faire mettre en fait, les esprits chagrins (je suis aussi en liquidation totale de grossièreté), et puis comme dirait Renaud, ça défoule, comme ça gratuitement par plaisir. Ah !

***

Je suis arrivé à Lyon vers huit ans, en provenance du grand sud. Là, je n'ai pas été offusqué d'entendre les gens parler pointu, c'était en effet la ville du pagnolesque Monsieur Brun. Dans la vie, pour moi, il y avait les gens qui parlaient normalement, comme mes amis et ma famille, il y avait aussi les gens qui parlaient à la télévision ; je tolérais, c'était un peu normal aussi, on ne leur en voulait pas, ils étaient loin, les gens à la télévision.

A Lyon, j'avais troqué les vastes champs ponctués de ruisseaux, de vieilles 4L et de cabanons lézardés contre un immeuble de quatorze étages, grise cité aux ascenseurs fleurant la pisse, mais dont je garde tout de même le souvenir lumineux d'un vaste terrain de jeu. (J'imagine que même le gamin qui grandit dans une décharge doit garder de son monde l'image émouvante des jeux sans fin). Les gens parlaient comme à la télévision. Je trouvais ça normal. Mais moi, je parlais comme un plouc de spectateur. Parfois, dans une allée, je discutais avec des inconnus en attendant l'ascenseur, je disais : "Je rentre à la maisongue pour voir ma mamangue."

On me faisait répéter, hilare : "Quoi ? Quesstudis ? Tu peux y répéter ? " Puis on allait chercher d'autres amis : "Hé, regardeuh comme il y parleuh, allez tu peux y répéter ?
- Bengue, je rentre à la maisongue voir ma mamangue ?
- Ah ah ah ! Hey, venez tous les autres, venez voir écouter !
- Bengue bon sangue, qu'est-ce que j'ai dit de si marrangue ?"

A la boulangerie, c'était : "Bonjour, je voudrais du paingue.
- Oh, viens y voir Marcel, écoute-zy : que veux-tu, mon petit ?
- Bengue du paingue, pourquoi, congue ?"

Je parlais avec le langage tombé d'un arbre du Roussillon, appuyé, juteux, comme une grosse pêche, les mots de Tramontane, les mots minéraux des hommes de Tautavel.

Au bout de quelques mois à ce rythme, à force d'être l'hurluberlu de service, je me suis dit - inconsciemment - qu'il fallait rééduquer ces paroles, si je voulais être un peu tranquille dans la vie. Alors, paf, les mots en maison de redressement, les phrases avec un tuteur à tomates, pour les élever bien pointu dans le ciel des immeubles. J'ai mis un parasol pour cacher le soleil qui tapait fort dans la bouche.

Voilà, pour moi, le Canigou, c'était la chaîne des montagnes embrumées, qui s'étendait aux portes des Pyrénées, que je voyais de ma fenêtre dans un ciel dégagé peigné par des cyprès fins ; pour les autres, le Canigou c'était de la bouffe pour chien, en boite.

De l'air frais du sud, il me reste quand même quelques bols d'air :

Quand il reste une vieille trace de confiture mal séchée sur une table cirée, et qu'on pose le doigt dessus, et que le doigt reste un petit peu collé, on dit : ça pègue.

Quand on est invité à un vernissage dans une boutique huppée sous la Tour Eiffel, et qu'on arrive en short bleu avec une veste de survêtement, des mocassins marron et des chaussettes de tennis blanches, on marque mal.

A propos, je n'attrape pas de rhume, ni la crève, j'attrape mal.

Puis quelques termes de catalan . Quand ces idiots de chats se cognent interminablement contre mes tibias cinq heures avant l'heure officielle de la gamelle, je les traite de banastes (sots). Ils m'énervent et je les fais changer de pièce d'un puissant coup de pied, je leur dit : "ja tu cal !" (bien fait pour toi). Puis je murmure à kéké des mots que j'entendais petit, des mots poignants, qui brillent comme des étoiles éteintes : "axurit !" (dégourdi).

En fin de compte, je cause pointu. Mais lorsque je parle avec ma famille, l'accent remonte, incontrôlé, se lâche comme des chiens fous avides de Canigou, et la fenêtre parait s'ouvrir soudain, l'accent surgit comme un courant d'air enfoui dans une boite à secret.

Tiens, j'ai les larmes aux yeux d'écrire ça, c'est idiot. C'est triste d'être là où l'on est, chez soi, mais d'être loin quand même.

lundi 10 décembre 2007

Demain...





Au programme cette semaine, dans ce blog :

- Bloguer moins. Ou plus. Plus ou moins.
- Répondre à deux sympathiques chaînes de blog, une de Zoridae, une autre des ménagères de moins de cinquante ans.
- Dormir plus pour me reposer plus.
- Ajouter un chapeau sur le pied de l'image, comme le dit Romy.
- Finir une série interminable sur les Vendanges.
- Bloguer moins.
- Aller au MacDO. J'ai toujours un cheeseburger gratuit à retirer. J'espère qu'il ne me l'ont pas mis de côté, depuis le temps. Il risque de sentir pas bon.
- Faire encore un lien sur Gaël. Je n'y peux rien, on a négocié une vente de 500 liens cette semaine, dans le cadre de la venu de Khadafi.

Vivre de fraîcheur


Je suis telle la jeune fille insouciante qui après un samedi soir de folie se retrouve à élever des triplés. Il faut à présent que j'assume ma monstrueuse création.

Voici donc la seconde image envoyée à mry pour son concours. J'ai mis ma vraie main dedans, sinon, ce n'était pas possible, ça ne passait pas. Voilà, il faudra juste que je pense à ne pas mettre "j'aime le Nutella et je fais un blog" dans mon prochain C.V.

A part ça, rien de spécial. J'ai mal à la tête. A ma vraie tête, avec du cerveau dedans. Il faudra que je change la cartouche cognitive, je ne peux plus rien imprimer, j'ai des messages d'erreur quand je parle. Ce n'était pas une brillante idée de passer trois heures devant le logiciel "The GIMP", tiens.

Sinon, j'ai bien pensé à nourrir les chats.

Tiens, comme ça, gratuitement, par plaisir, je fais un lien. Ce n'est pas tout de regarder des hommes en bikini, il faut aussi aller sur le blog de Frisaplat.

Générique : Il faut dire que c'est mon épouse qui a trouvé cette belle photographie de John Cleese. C'est aussi elle qui a eu l'idée, suite à la réponse de mry, de rajouter le chapeau avec ma main. En plus, elle a fait une bonne tarte aux épinards, on s'est bien régalé. Moi à midi, j'ai fait des steaks hachés, je crois, et demain, il faudra que je mette de nouvelles chaussettes. Mais pour l'instant, je vais me coucher, avec de la pâtée pour chat à l'intérieur de mon crane. Vive les blogueurs !

samedi 8 décembre 2007

Fraicheur de vivre

Le blogueur mry organise un concourt avec des blogueurs plus ou moins à poil. Je n'ai pas participé.

Mais j'aurais pu.



Vous aurez certainement reconnu John Cleese, l'acteur des Monty Python que j'ai choisi comme avatar. Nicolas me disait qu'à force de voir cette image me représenter, il serait déçu de me rencontrer en vrai sans chapeau.

Je lui expliquais que mon épouse, qui pourtant connaît bien ma bobine, en arrive parfois à me confondre avec lui, à force de voir cet acteur sur mon blog, et partout où je laisse des commentaires.

vendredi 7 décembre 2007

les esprits : la dame blanche

Manu était un grand gaillard de seize ans, gentil comme tout ; il avait bien vite perdu ses parents et portait sur ses épaules, pour héritage, toute une exploitation viticole. Il était timide, parlait avec un cheveux sur la langue. Il restait discret dans son coin, se tenant au frais, à l'ombre des autres. Mais après de nombreux verres, il était soulagé, il se sentait mieux, ses épaules étaient plus légères, et sa bonhomie mélancolique de façade laissait place à une vraie et joyeuse exubérance. Il chantait le répertoire de Renaud, en entier, à tue-tête sans se tromper dans les paroles, une main sur chaque cuisse, toujours un cheveux sur la langue.

Parfois, le soir, épuisés par des journées à couper plus de doigts que de raisins, les gens s'accoudaient sur les tables immenses, parsemées de miettes de pain d'un repas débarrassé, avec du Beaujolais et des bougies. Il pleuvait, c'était au milieu des vignes obscures, on rabâchait, l'air terrible, des légendes de Dames blanches.

Manu devenait blême, lui le gars aux joues vermeilles des grands espaces du pays calladois. Il n'aimait pas ça, les histoires de revenants. Les gens meurent, c'est pour toujours, ils vous laissent, quelle idée de faire des heures supplémentaires. Les gens s'en vont, on ne les revoit plus, on reste avec des dames blanches dans son coeur, mais point sur les routes. Livide, comme un torchon trempé dans de l'eau de javel, Manu nous demandait avec insistance de parler d'autre chose, sans se soucier de paraître peureux, il implorait de changer de conversation, simplement.

Les dames blanches, ces jeunes filles fantômes perdues au bord des routes nationales, dans une cathédrale ténébreuse de platanes... spectres blafards, sorties immaculées d'effroyables carcasses, esprits opalins au repos impossible, rodant pour conjurer des collisions, animées d'une obstinée et inquiétante bienveillance...

"Alors Manu, les autres faisaient, tu imagines déjà la Dame Blanche apparaître à la porte du dortoir, lumineuse dans son linceul, pour te chercher ?" Le dortoir était un sorte de petite remise avec huit ou dix lits, isolé au fond du terrain. "Massacre au sécateur !" (ou massacre à la serpette, selon la technique vendangesque). Et les histoires macabres et grotesques continuaient ...

"...quelle étrange auto-stoppeuse, tout de même ! Vêtue de blanc, et silencieuse, dans cette route de campagne...
- Non mais les gars, allez, arrêtez, za suffit."
- ...alors le type il s'arrête pour la dépanner, cette étrange inconnue, perdue sur la route à une heure si tardive.
- Bon, allez, on boit z'un coup, non mais les gars...
- Alors, dans ce virage obscur, dans la profondeur ténébreuse des platanes, là où un accident fatal et mortel avait coûté la vie à des gens en les tuant...
- Bon, ze vais aller pisser un coup, tiens. Ah non, ze vais attendre avant de sortir tout seul.
- ...là, elle hurle ! elle HURLE !!! Attention au virage ! Un hurlement de cri, déchirant le silence de la nuit silencieuse. Elle hurle, comme un cri surhumain d'un autre monde : attention au virage ! Le conducteur se tourne, affolé. Rien. L'inconnue a disparu du siège passager !"

Manu buvait des coups, pendant ce temps. Pas assez.

Le soir même, un vendangeur ivre, égaré comme un chalutier dans l'océan de la nuit, a regagné le dortoir en s'explosant contre la porte, faisant hurler notre cher Manu, dressé dans son lit, comme les cheveux sur sa propre tête. Le lendemain, il était blême tel une marguerite, mais content de retrouver son cher et laborieux soleil, posé jaunement sur les collines humides.

Un des soirs suivants, les autres ont remis ça, avec d'autres histoires de Dame Blanche. Plus le village avait un nom obscur, plus l'anecdote était terrible. La Dame Blanche de Poutrieux-lès-Garronas, ou de Mimolette-les-Mugieux, ça mettait les jetons, bien plus que le Fantôme de l'Opéra, c'est sûr.

Manu n'a pas oublié de prendre ses calmants, ce soir là, c'est à dire des nombreux coups de rouges. Tandis que les gugusses s'impressionnaient à coup de fantômes, il a chanté Renaud dans son coin. Puis il n'a pas trouvé le dortoir (il l'a raté de peu) et a dormi par terre, dans l'herbe chargée de pluie, à quelques mètres de l'entrée, étalé par terre comme l'homme de Léonard de Vinci. Le lendemain, ça allait mieux, les légendes de la nuit avaient laissé place aux soucis des vivants.

jeudi 6 décembre 2007

Les esprits : les amis invisibles

Illustration : avec l'aimable autorisation de Telle

Lorsqu'il avait un an, il arrivait à kéké de regarder attentivement, l'air songeur, des choses dans la pièce. Une prise, un rideau, un coin de mur blanc. Un endroit indéfini, qu'il fixait avec curiosité.

Maria, une jeune amie de mon épouse, musicienne comme elle et qui gardait notre fils de temps en temps, avait expliqué en riant ce phénomène : au Vénézuela, son pays d'origine, on racontait que les jeunes bébés pouvaient voir les esprits. Cette faculté disparaissait bien vite en grandissant, avec l'acquisition du langage. Les esprits, furtivement aperçus par ces témoins sans parole, regagnaient bien vite leur invisible cachette, et les enfants grandissait, oublieux de ces naïves visions...

J'avais ri jaune à cette charmante hypothèse. Je n'aimais pas ces histoires. Rationnel, carré, amateur de mathématiques, je n'y croyais pas bien sûr, mais je n'aimais pas quand même. Ça me dérangeait d'en parler. J'avais connu un autre type, aux vendanges, dans le Beaujolais, qui s'appelait Manu, et qui n'aimait pas ces histoires, non plus. J'y reviendrai.

Un soir, E. rentrait tard, nous étions avec kéké au milieu du salon, à agiter quelques hochets, dans le silence. Nous habitions en banlieue, parfois une mobylette vrombissait dans la rue, mais le reste du temps, il n'y avait pas de bruit. Alors tandis que je lui racontais d'imbéciles comptines avec la voix suraiguë qu'ont les parents dans l'intimité, à l'abri des amis d'enfance devant lesquels ils font les fortiches, kéké s'est mis à fixer un mur du salon. Coquin, j'ai dit : "alors, tu regardes les esprits ? " Le petit congélateur caché dans mon dos s'est allumé, bêtement, j'ai eu froid. J'ai rigolé, tiens, mon fils voit des dead people. On est bien. J'ai tourné le transat de l'autre côté, pour faire diversion, mais kéké, sans se laisser distraire le moins du monde, a aussitôt tourné la tête dans l'autre sens, retrouvant l'endroit exact du mur, si fascinant. Il souriait. Il agitait son hochet, comme pour faire coucou, comme s'il faisait du morse.

Et bien, on se fait des amis ? Tu ne connais pas la crèche, toi, alors tu profites de tes petits compagnons invisibles ? Et bien on va mettre un peu de musique, hein, dis-je la voix cassée ? Je me mis à chanter sans conviction "tape tape petites mains... tourne tourne joli moulin..."

Puis le chat s'est posté non loin de nous, il s'est mis lui aussi à regarder avec un vif intérêt et ses yeux verts comme des billes ce même coin du mur blanc. Ah non, gueulais-je, excédé, le chat ne va pas s'y mettre, lui aussi ! Comme je ne souhaitais pas mettre de coup de pied aux fesses à mon fils, je m'en suis pris au chat, l'envoyant prestement balader dans la pièce d'à côté par un majestueux vol plané. Le matou est revenu, insensible à mes gesticulations, pour se remettre au même endroit, et fixer les yeux brillants, le coin blanc.

Alors, le voisin a du faire tomber un dictionnaire par terre, un bruit sourd a fait trembler le mur, et mon coeur est sorti de la poitrine. Je l'ai ramassé par terre, et comme un zombi, je l'ai remis à l'intérieur du thorax, disant à Kéké : n'aie pas peur, n'aie pas peur, papa te protège ! Au fait, ai-je ajouté, prenant une voix caverneuse : mais qui protège papa ?

[Liens] Des mobylettes et des sous-marins

En train de bloguer. Mais hors ligne. Étrange non ? Le vaisseau mère prend la pluie comme un mobylette garée devant chez moi, tandis que je bichonne quelques grotesques sous-marins, dans les profondeurs.

En attendant, bonne nouvelle, Fishturn est de retour, dans un blog "Fous et Merveilles volume 2". Le concept est passionnant, il pousse loin ce principe qui nous est cher, le blog. L'écriture est vraiment magistrale, prenez une place, à l'orchestre.

Le temps passe trop vite ? Faites-le donc arrêter. Par la Police, de préférence, blog mené de main de maître par Bénédicte Desforges. Pour un poulet, elle a une sacré belle plume (je prends la porte, je sais). Et si ses histoires sont terribles, elle, elle est absolument sympathique.

Voilà, je ne tomberai pas non plus dans le piège du copinage éhonté en citant encore une fois Gaël et Nicolas (qui lui n'hésite jamais à faire un lien vers filaplomb, c'est honteux), je risquerais de me faire tancer par "Crise dans les médias".

Sinon, dans ceux que j'ai déjà cité, une fois, des jolies histoires de zozo comme je les aime. Ai-je cité Fannette et nea ? Non, pas encore.

Ai-je dit que les ménagères de moins de cinquante ans avait changé leur visuel ? Voilà qui est fait.

Allez, pour finir, avant ma saga "Kéké contre chez les extraterrestres en 45 billets", des choses en vidéo. Vous avez certainement entendu parler de Nicolas et Rachida, mais j'aime bien aussi celle là, par la Chanson du Dimanche :



EDIT : pour ceux que ça interesse, je me sers de mon petit compte tumblr pour noter des liens qui me plaisent, comme cet article d'Otir, par exemple.

Allez, à bientôt.

Des bizettes... ;)

lundi 3 décembre 2007

Le gâteau au chocolat

Je rentre des courses avec le gros chariot bordeaux. C'est un bon gros chariot de mamie, avec des roulettes, idéal pour faire ses commissions dans les petites rues parisiennes. Un peu grand certes, mais pratique, on y dépose ses deux steaks, ses trois oranges, les œufs et le lait, ce qui nous fait cinquante euros judicieusement dépensés.

Avant, j'y mettais quelquefois kéké dedans, lorsqu'il était plus petit, comme un gros sac de patate ; il avait sa tête qui dépassait, il mettait ses petites mains rassemblées au bord, contre son menton. Je le traînais à toute vitesse, kéké rigolait, je disais : " Tiens, j'ai acheté du gigot de bébé ", les gens trouvaient ça bizarre. Parfois, lorsqu'il était gardé par la nounou, dès que je rentrais à la maison, il me réclamait immédiatement : " Chariot ! Chariot ! Chariot ! " L'air un peu gêné, je m'exécutais : je sortais le chariot à roulette, j'y mettais le fiston dedans, et je parcourais la pièce tandis qu'il s'extasiait. La nounou trouvait ça bizarre.

Mais aujourd'hui, je rentre du Champion avec un chariot bien rempli, tout mon salaire a dû y passer. Aujourd'hui, tout le monde est malade. Kéké a la fièvre. Il a fait sa grosse lèvre du bas, ses yeux humides de personnage de manga, et a réclamé : "Gâteau au chocolat ? " La seule personne valide, moi, a été désignée comme volontaire. Les consignes étaient simples : objectif principal, gâteau au chocolat.

***

Mon retour est triomphant ! "Gâteau au chocolat ! ", s'exclame la foule en liesse, amassée dans les rues de mon appartement ! Le père prodigue est revenu ! L'attente est si forte, de leur corps fatigués vibrent des petites mains, ils réclament leur pitance.

Mais moi, je suis sadique. Je fais : "Quoi ? hein ? Ga quoi ? Teau quoi ? Gâteau au quoi ? Jamais entendu parler ! " Alors la foule sans retenue se tord, gémit, s'arrache les cheveux, implore sa douceur. Gâteau au chocolat, opium de mon peuple. Vite ! Qu'on libère Barrabas, qu'on cloue Jésus, qu'on fasse ce qu'on veut mais qu'on sorte le foutu gâteau au chocolat du chariot ! "

Mais tel un méchant de James Bond, je fais des rires sardoniques : "Oh flûte. Je crois que je l'ai oublié. Pas de gâteau au chocolat. Gnark gnark gnark. " Et lentement, je sors une par une les emplettes du chariot, je prends mon temps. Je crains l'émeute. Je grince des dents, je roule des yeux de fous. " Je l'ai peut-être mangé en route, qui sait ? "

Le chariot est vidé à moitié, je me complais à les voir aplati par terre, sans aucune dignité, la langue pendante ; et alors le doute m'assaillit. Et si j'avais vraiment oublié le gâteau au chocolat ? Et s'il n'y était pas dans le chariot ? Je poursuis mes rires diaboliques, mais leur intensité baisse peu à peu, ma voix déraille. Pourtant, je me revois bien dans le rayon, à bien choisir "chocolat noir" et non pas "chocolat tout court ", car Kéké est allergique au lait.

Puis j'arrive à la litière, le chariot est maintenant vide, et il n'y a pas de gâteau au chocolat. Je dis : "Oh merde, j'ai vraiment oublié de le gâteau au chocolat. " Eux, continuent à gémir, partagé entre la colère et la comédie. Vite ! On a faim ! Non mais sérieusement, dis-je. J'ai oublié le gâteau au chocolat. Allez, finie la plaisanterie, maintenant, gronde mon épouse. Je sors l'étiquette, et je cherche dans la liste. Rien. Je bafouille, bredouille. Pourtant, dis-je, dans les rayons j'ai bien choisi "chocolat noir ". Silence. Virtuellement, une potence se dresse. La potence à papa. Kéké trousse sa lève inférieure tremblante, fait d'immenses yeux humides, et articule dans une plainte interminable : " Ga... teau .. au ... cho... co.. laaaat !... "

Je suis chassé de mon domicile, sans chariot, afin de ramener au plus vite le goûter, couvert de sobriquets sévères tels que : nul, incapable, débile, imbécile, ordure.

J'ai assumé pleinement la responsabilité de cet échec patent. Responsable et coupable. J'ai présenté immédiatement ma démission du poste de père ; démission aussitôt refusée.

dimanche 2 décembre 2007

Point de vue numéro trois : le reste du monde (3/3)

[lire le tout début]

L'embaumeur sort de la pièce, il s'entretient avec la femme. Il laisse derrière lui, dans la chambre à coucher, une odeur de propre délétère, le sang antiputride pour les morts ; là où fut un havre de tendresse, un nid de chaleur décoré de portraits, il reste un peu l'ombre de la cuisine secrète des soins occultes. La fenêtre est ouverte, il faudra fermer au bout d'une heure, mais les rideaux garderont un peu la fragrance invraisemblable du formaldéhyde, il faudrait les changer, mais ça ne servirait à rien, il faudrait changer les murs, les portes, l'immeuble entier.

Il s'entretient avec la femme, il compatit. C'est terrible comme maladie, n'est-ce pas. A force, les embaumeurs, comme les pathologistes, savent déchiffrer notre fin de carrière. Il prend son matériel, et s'en va.

L'embaumeur, tandis qu'il marche sur le trottoir, se fait accoster par le voleur. L'embaumeur n'en revient pas. File moi les sacoches, le croque-mort. C'est comique. Il tente d'expliquer, ne trouve pas les termes. Tout de même, ce n'est pas respectueux. Il cherche les mots, il a dû les laisser dans la valise, au secret, avec la fatigue de la semaine. Mais l'autre, nerveux, ne lui laisse pas le choix, avec son gros couteau. L'embaumeur, lui, a de plus gros couteaux, certes, mais là n'est pas la question.

Le voleur s'enfuit, laborieusement ; son départ est plutôt leste, mais surpris par le poids des mallettes, il ralentit assez vite. L'embaumeur reste planté comme une canule sur le trottoir, les bras ballants. Il vient de se faire dévaliser. Que faire ? Il jauge le voleur qui prend la clef des champs sans trouver la serrure, le long de la rue, se secouant comme un diable de droite à gauche. Au jugé, l'embaumeur estime pouvoir le rattraper assez facilement, s'il s'en donne la peine.

Mais il renonce. Il se dit que l'assurance paiera. Il voit l'autre, ses deux valises goulûment enserrées décrire des bonds chaotiques. L'autre disparaît enfin à l'angle de la rue.

L'embaumeur s'assoie un moment sur un banc, écarte les bras, retire ses talons meurtris des chaussures, puis s'allume une cigarette. Il contemple les arbres, leur univers orange, sonore et alambiqué, peuplés d'adorables créatures. Il se détend pleinement, sa journée, comme toute chose dans ce monde, a connu sa fin. L'humanité, la compassion, le respect pour les défunts ; le coeur est léger. Il tente d'imaginer la tête du gredin, pleine de gourmandise, en train de forcer les valises étanches ; le déclic, l'ouverture, le butin. Il sourit.

samedi 1 décembre 2007

Point de vue numéro deux : l'embaumeur (2/3)

[Lire le début]

L'embaumeur regarde l'homme mort, allongé sur le lit. Ses yeux sont effondrés à l'intérieur du visage, enfouissant les souvenirs et les visages de ses propres aïeux. Ses traits sont aiguisés, durs, abrupts tels une falaise humaine. La chair déjà aspirée par les profondeurs, est tendue, comme tirée par un chirurgien souterrain, ce qui donne au défunt un masque plus juvénile aux contours violacés. La douleur a desserré son emprise, et la personne gisante semble épuisée mais confortable, en harmonie avec le profond silence.

Il déshabille son sujet, le lave, nettoie l'intimité désarmée du corps avec du coton, pré-ligature la bouche. Il pose le pied sur la cheville de l'autre jambe, retourne le corps. Il parcourt les cuisses blafardes, les poils, le sexe, il s'en occupe avec une précautionneuse humanité. Les chaussures neuves de l'embaumeur grincent, c'est incommode, il aurait dû les user pendant le week-end. Il pense, sifflote presque, murmure une chanson au fond de sa gorge, au rythme de la pompe.

La canule a été injectée, et le liquide rose semble regonfler cet homme comme un ballon de couleur ; les yeux remontent, les lividités s'estompent. Le bruit de pompe se poursuit doucement, comme un battement de coeur.

La maladie était importante. Insatiable, elle a goûté de tout, comme un garnement croquant au hasard tous les fruits du panier, sans les terminer, et les laissant pourrir dans le réceptacle. Le fils aîné arrivera dans quelques jours, il est loin, il prendra l'avion, il faut donc attendre, et faire en sorte que l'attente soit acceptable. Dans un pareil cas, il sait ce qui lui reste à faire. Il doit débarrasser la dépouille de ses entrailles, vider le corps comme on le fait depuis les pharaons, par une ponction abdominale.

Afin de recueillir les viscères, ce mécanisme alambiqué tapi au centre de chacun, il se saisit de deux grandes valises étanches, qu'il dispose au bord du lit.